Le frère du roi est tombé sous les coups de hache, rue Vieille-du-Temple. Deux jours après ses obsèques, le commanditaire avoue.
Depuis que Charles VI a sombré dans la folie, en 1392, le royaume est gouverné par un conseil de régence où s’affrontent les princes. Au premier rang, le frère cadet du roi, Louis d’Orléans : partisan de la reprise de la guerre contre les Anglais, maître du Trésor royal, il domine le conseil aux côtés de la reine, Isabeau de Bavière. En face, les ducs de Bourgogne — Philippe le Hardi, puis, à partir de 1404, son fils Jean sans Peur —, qui voient le pouvoir leur échapper. En août 1405, Jean sans Peur est entré dans Paris à la tête de ses troupes ; une réconciliation a évité de justesse la guerre civile. Mais en avril 1407, une ordonnance réforme le conseil du roi : les Bourguignons n’y sont plus que deux, contre vingt-six auparavant. Le duc de Bourgogne décide de frapper.
Le complot est méthodique. En août, à Lille, il verse cent écus à son homme de main, Raoul d’Anquetonville, et quinze cents à un homme de confiance, à déposer en lieu sûr dans Paris. Le 14 novembre, un courtier loue une maison, l’hôtel de l’image Notre-Dame, qui aurait servi de cache aux tueurs.
Le 23 novembre 1407, vers huit heures du soir, Louis d’Orléans sort de l’hôtel Barbette, rue Vieille-du-Temple, où il est allé voir la reine, qui vient d’accoucher. Un valet du roi, complice du complot, est venu lui dire que Charles VI le réclame d’urgence à l’hôtel Saint-Pol. Le duc remonte la rue sur son mulet, avec une petite dizaine de valets et de piquiers. Une quinzaine d’hommes, tapis dans l’ombre, se jettent sur la troupe ; on le jette à bas de sa monture, on lui coupe la main. « Je suis le duc d’Orléans ! » — « C’est lui que nous voulons ! » Un coup de hache à la tête l’achève, aux côtés de son fidèle valet flamand, Jacob. Son corps est déposé à l’église Notre-Dame-des-Blancs-Manteaux, en attendant les funérailles.

Le lendemain, 24 novembre, Paris enterre le frère du roi à l’église du couvent des Célestins. Le lieu n’est pas choisi au hasard : bâti près de l’hôtel Saint-Pol, que Charles V affectionnait, le couvent est, après Saint-Denis, la plus importante nécropole des princes, et Louis d’Orléans y a fait élever une chapelle pour sa famille, où reposeront deux de ses fils.
Qui a armé les tueurs ? Le 26 novembre, lors d’une séance du conseil royal, Jean sans Peur avoue à son oncle Berry et à son cousin Anjou avoir commandité le meurtre ; il file le lendemain vers la Flandre. Loin de s’en cacher ensuite, il fera prononcer par le théologien Jean Petit un éloge du tyrannicide. En 1410, à Gien, lors des noces du jeune duc d’Orléans, Charles, avec Bonne d’Armagnac, les grands du royaume se liguent contre lui : c’est le noyau du futur parti armagnac. La guerre civile ne s’achèvera qu’au traité d’Arras, en 1435 ; Jean sans Peur lui-même sera assassiné par les Armagnacs en 1419.
Du couvent des Célestins, fermé en 1779, il ne reste rien. Profané sous la Révolution, changé en dépôt de bois puis en caserne, il a été coupé en deux par le boulevard Henri-IV en 1876 ; ses derniers vestiges ont disparu entre 1895 et 1901, lors de la construction de la caserne des Célestins de la Garde républicaine, entre la rue du Petit-Musc et la rue de Sully.