Quatre jours après avoir abattu le responsable du STO, il recommence : Marcel Rajman a vingt ans et il lui reste cinq mois à vivre.
Marcel Rajman est né en 1923 à Varsovie. Sa famille juive polonaise a émigré en France en 1931. Ouvrier tricoteur, militant des Jeunesses communistes, il entre dans les FTP-MOI à dix-huit ans. Son père a été raflé en décembre 1941 et déporté le 22 juin 1942 à Auschwitz, d'où il n'est pas revenu. Sa mère et son frère seront déportés en 1944.
Il devient l'un des combattants les plus actifs du deuxième détachement des FTP-MOI de la région parisienne, celui des "dérailleurs" et des groupes de choc. Le 28 septembre 1943, il a participé à l'exécution de Julius Ritter, responsable du Service du travail obligatoire en France.
Le 2 octobre 1943, il est avenue d'Italie, dans le 13e arrondissement, au numéro 190. Un autocar de la Wehrmacht transporte des soldats allemands. Rajman lance une grenade. Seize soldats sont blessés ; l'un d'eux mourra de ses blessures.
Le même jour, à quelques kilomètres de là, cinquante otages du camp de Romainville sont fusillés au Mont-Valérien en représailles de l'exécution de Ritter. La logique de la terreur et de la contre-terreur est enclenchée. Les FTP-MOI le savent. Ils considèrent que céder au chantage aux otages, c'est laisser l'occupant régner en paix.
La traque s'accélère. Les Brigades spéciales de la police française, spécialisées dans la répression des communistes et des étrangers, filent les militants depuis des mois. Elles connaissent les visages, les planques, les habitudes. En novembre 1943, la vague d'arrestations tombe. Marcel Rajman est arrêté le 16 novembre. Torturé, jugé avec Missak Manouchian et vingt-deux autres en février 1944, il est fusillé au Mont-Valérien le 21 février. Il a vingt ans. Son visage figure sur l'Affiche rouge, avec cette légende : "Rajman, juif polonais, 13 attentats."