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27 avril 1848
Événement

Au ministère de la Marine, le décret de Victor Schœlcher abolit l'esclavage dans les colonies françaises

Ministère de la Marine
📍 2 place de la Concorde anciennement : place Louis XV
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Le décret du 27 avril 1848 qui abolit l'esclavage dans les colonies françaises, première page (Archives nationales). Archives nationales — domaine public (Wikimedia Commons)

Le 27 avril 1848, deux mois après la chute de Louis-Philippe, la République abolit l'esclavage dans toutes ses colonies. Le décret, préparé par Victor Schœlcher, est signé au ministère de la Marine, sur la place de la Concorde.

Le 24 février 1848, Louis-Philippe abdique. À l'Hôtel de ville, le poète Lamartine proclame la République ; le gouvernement provisoire réunit des républicains libéraux, le socialiste Louis Blanc et même un ouvrier, Albert. Le portefeuille de la Marine et des Colonies revient à l'astronome François Arago. Son ministère occupe, au nord de la place, l'ancien Garde-Meuble de la Couronne, le grand bâtiment à colonnade d'Ange-Jacques Gabriel, où la Marine s'est installée sous le Directoire.

Quand le roi tombe, Victor Schœlcher est au Sénégal, en voyage d'enquête. Né rue du Faubourg-Saint-Denis, fils d'un fabricant de porcelaine, ce journaliste républicain a découvert l'esclavage à Cuba, à la fin des années 1820. D'abord partisan d'une émancipation progressive, il publie en 1842, au retour d'un long séjour aux Antilles, Des colonies françaises. Abolition immédiate de l'esclavage. « Il est impossible d'introduire l'humanité dans l'esclavage », écrit-il en 1847.

Lithographie : les onze membres du gouvernement provisoire, assis ou debout autour d'une table
Les membres du gouvernement provisoire de 1848 : debout, Garnier-Pagès, Albert, Marrast, Crémieux, Flocon et Louis Blanc ; assis, Lamartine, Marie, Dupont de l'Eure, Ledru-Rollin et Arago — lithographie d'Achille Devéria, 1848 — domaine public (BnF, via Wikimedia Commons)

De retour le 3 mars, il court chez Arago. Pas question, plaide-t-il, d'attendre l'Assemblée qui doit être élue : tout retard risquerait de faire couler le sang dans les colonies. Dès le 4 mars, un décret du gouvernement provisoire, signé d'Arago, pose le principe, « nulle terre française ne peut plus porter d'esclaves », et crée une commission chargée de préparer « l'acte d'émancipation immédiate ». Schœlcher la préside ; il est aussi nommé sous-secrétaire d'État à la Marine et aux Colonies. L'esclavage avait déjà été aboli par la Convention en 1794, puis rétabli par Bonaparte en 1802 : cette fois, il faut en finir.

La commission se réunit dès le 6 mars. Autour de Schœlcher siègent le directeur des colonies, un officier d'artillerie de marine, un avocat à la Cour de cassation et un ouvrier horloger. Elle tranche : l'émancipation sera immédiate, et les affranchis voteront, ce dont la plupart de ses membres ne voulaient pas d'abord. Elle refuse que les colons leur imposent le travail sous peine de travaux forcés. Il faudra même donner un nom de famille à des hommes et des femmes qui n'étaient désignés que par un nom d'usage et un numéro matricule.

Photographie : la façade à colonnade du ministère de la Marine, sur la place de la Concorde
Le ministère de la Marine, ancien Garde-Meuble de la Couronne, sur la place de la Concorde, vers 1890 — Hippolyte Blancard, musée Carnavalet — CC0 (Paris Musées, via Wikimedia Commons)

Le 27 avril, la commission présente une série de douze décrets, que le gouvernement adopte. Le texte principal est « fait à Paris, en conseil de gouvernement » et porte les noms de ses onze membres, dont Lamartine, Ledru-Rollin, Louis Blanc et Arago. Mais la mémoire de l'hôtel retient le geste de Schœlcher : c'est ici, dans le salon diplomatique, qu'il signe le décret d'abolition, sur un bureau que l'on voit toujours. Une pièce faite pour les secrets : derrière le mur de la cheminée, un ancien passage de service du XVIIIe siècle dissimule une cachette exiguë, d'où l'on pouvait écouter et noter les conversations du salon.

Le premier considérant donne le ton : « l'esclavage est un attentat contre la dignité humaine ». Il sera entièrement aboli dans toutes les colonies et possessions françaises deux mois après la promulgation du décret dans chacune ; dès la promulgation, châtiments corporels et ventes de personnes non libres sont interdits. Les affranchis deviennent citoyens (on les appellera les « nouveaux libres ») et les colonies enverront des représentants à l'Assemblée nationale. Tout Français, même établi à l'étranger, perdra sa qualité de citoyen s'il possède, achète ou vend des esclaves. Mais l'article 5 renvoie à l'Assemblée le soin de fixer « la quotité de l'indemnité qui devra être accordée aux colons ».

Lithographie : sous les palmiers, des esclaves révoltés affrontent des gendarmes
Gendarmes et colons face aux esclaves révoltés au Prêcheur, en Martinique, le 22 mai 1848 — lithographie de F. Lesmert — domaine public (Wikimedia Commons)

La nouvelle a devancé le texte. En Martinique, le 21 mai, à Saint-Pierre, un esclave, Romain, est arrêté après avoir joué du tambour, moyen par lequel les esclaves se transmettent les nouvelles : l'île se soulève, et le gouverneur proclame l'abolition dès le 23 mai, avant l'arrivée de l'émissaire porteur du décret. La Guadeloupe suit le 27 mai, la Guyane le 10 juin ; La Réunion attend le 20 décembre. Au total, 251 019 esclaves sont libérés, un chiffre tiré des demandes d'indemnisation de leurs propriétaires. La loi du 30 avril 1849 verse aux anciens maîtres 126 millions de francs-or ; rien n'est prévu pour les anciens esclaves. Jusqu'en 1870, les autorités locales reconstruisent les cadres de l'esclavage à coups d'arrêtés de « police du travail » et de passeports intérieurs. Élu député de la Martinique dès août 1848, Schœlcher entrera au Panthéon en 1949.

Le ministère est devenu l'hôtel de la Marine. Restauré de 2017 à 2021 par le Centre des monuments nationaux, il est ouvert au public depuis juin 2021 : on y parcourt la colonnade et les salons d'apparat, et le bureau de Schœlcher, remis en place, est toujours visible dans le salon diplomatique. La Fondation pour la mémoire de l'esclavage, dont la création a été annoncée en avril 2018, y a installé son siège.

Texte rédigé avec l’aide de l’IA, relu et corrigé par la rédaction.