Henri Rochefort, pamphlétaire.
Une réunion publique interrompue par les agents, et le quartier entier se soulève pendant cinq jours : Belleville apprend en 1869 ce qu'elle refera en 1871.
L'Empire vacille. Les élections législatives de mai-juin 1869 ont été un désastre pour Napoléon III : l'opposition républicaine progresse partout, et à Paris elle triomphe. Henri Rochefort, journaliste satirique, fondateur de La Lanterne dont chaque numéro tourne l'Empire en dérision, a été élu député de la première circonscription de Paris lors d'une élection partielle en novembre 1869. Son comité électoral tient des réunions publiques dans les quartiers populaires.
Belleville est le cœur du Paris rouge. Annexée à la capitale en 1860, peuplée d'ouvriers chassés du centre par les travaux d'Haussmann, elle vote massivement à gauche et elle a envoyé Gambetta à la Chambre sur un programme radical. Ses bals, ses cafés, ses salles de réunion forment le tissu d'une sociabilité politique que la préfecture surveille de près.
Le 7 octobre 1869, le Comité Rochefort tient réunion au bal des Folies Belleville, 13 rue de Belleville, ancien bal Dénoyez. La police intervient brutalement et disperse l'assemblée. Le quartier réagit immédiatement. Les affrontements durent plusieurs jours. Le 10 octobre, le bilan atteint cinq cents blessés.
Gustave Flourens est de ces journées. Fils d'un savant, professeur destitué du Collège de France pour ses cours jugés subversifs, il est l'un des révolutionnaires les plus flamboyants et les plus imprévisibles de sa génération : il a combattu pour l'indépendance crétoise, il combattra pour la Commune, il sera tué en avril 1871 à Rueil, sabré par un gendarme. Gabriel Ranvier, décorateur sur porcelaine, futur membre de la Commune, est également actif dans ces comités.
Les autorités impériales voient dans ces bagarres un simple trouble à l'ordre public. Elles se trompent d'échelle. Ce qui se joue à Belleville en octobre 1869 est l'apprentissage collectif d'une population qui découvre qu'elle peut tenir la rue contre la police. Dix-sept mois plus tard, le 18 mars 1871, ce même quartier fournira une part décisive des forces de la Commune.