Dans la crypte du martyrium de Montmartre, Ignace de Loyola et ses compagnons prononcent le vœu fondateur de la Compagnie de Jésus

Crypte présumée du martyre de St Denis/Martyrium de Montmartre/Abbaye d'en bas

Saint Ignace de Loyola (1491-1556), fondateur de l'ordre des Jésuites.

Dans l'humidité de la crypte, la flamme d'un cierge suffit à éclairer les sept visages penchés.

Le 15 août 1534, jour de la fête de l'Assomption, sept hommes descendent dans la petite chapelle souterraine du martyrium de saint Denis, au pied de la butte Montmartre (5-7 rue Yvonne Le Tac, 18e arrondissement), là où la tradition catholique situe le martyre du premier évêque de Paris. La messe est célébrée par Pierre Favre, un Savoyard de vingt-huit ans ordonné prêtre trois mois plus tôt : le seul prêtre du groupe. Autour de lui, Ignace de Loyola, François Xavier, Diego Lainez, Alfonso Salmerón, Nicolás Bobadilla et Simon Rodrigues prononcent des vœux de pauvreté, de chasteté, et s'engagent à entreprendre dans les deux ans un pèlerinage à Jérusalem. C'est ce qu'on appellera le « vœu de Montmartre » : acte fondateur de ce qui deviendra la Compagnie de Jésus.

Ignace de Loyola a quarante-trois ans. Né en 1491 dans la noblesse basque, il avait été grièvement blessé au siège de Pampelune en 1521 : un boulet de canon lui avait brisé la jambe droite. Pendant sa convalescence, il lit des vies de saints, connaît une conversion intérieure et rédige les premières ébauches de ses Exercices spirituels. Il arrive à Paris en 1528 pour étudier au collège Sainte-Barbe. C'est là qu'il rassemble autour de lui ses compagnons, hommes instruits, venus d'Espagne, de Navarre ou de Savoie, séduits par une personnalité d'une rare intensité.

Ce 15 août dans la crypte, rien n'est encore formalisé. Il n'y a ni règle écrite, ni constitution, ni hiérarchie reconnue : seulement des vœux, une fraternité de volontés et un projet de pèlerinage qui ne se réalisera jamais, faute de passage vers la Terre sainte. Contraints de rester en Europe, les compagnons se rendent à Rome en 1538. Paul III perçoit immédiatement l'utilité de ce groupe de prêtres rigoureux, disponibles et mobiles. Le 27 septembre 1540, la bulle Regimini militantis Ecclesiae approuve officiellement la Compagnie de Jésus.

Ce qui germe dans cette crypte parisienne, c'est l'instrument principal de la Contre-Réforme. En 1534, le protestantisme avance irrésistiblement depuis la rupture de Luther en 1517 ; Calvin est en train d'organiser ses Institutions à Bâle. L'Église de Rome cherche une réponse à sa mesure : disciplinée, intellectuelle, mondiale. Les jésuites la fourniront. Missions en Asie, en Amérique, en Afrique ; collèges de haut niveau dans toute l'Europe catholique ; influence auprès des cours royales ; rôle actif dans l'Inquisition : la Compagnie de Jésus sera, pendant deux siècles, à la fois bras armé et cerveau de la papauté. Si puissante qu'elle sera dissoute en 1773 par Clément XIV, sous la pression des cours monarchiques, avant d'être rétablie en 1814.

La crypte du martyrium est aujourd'hui administrée par les Dames de l'Adoration Réparatrice et ouverte aux visiteurs le vendredi.