Boulevard Pershing, ils sont huit, ils ont vingt ans, et ils lancent des bouteilles enflammées sur les camions allemands : parmi eux, l'homme qui sera bientôt le colonel Fabien.
Les Bataillons de la Jeunesse naissent à l'été 1941. Depuis le 22 juin, l'invasion allemande de l'URSS a levé la ligne de non-intervention que le Parti communiste français observait depuis le pacte germano-soviétique. L'ordre est désormais à la résistance armée. Ce sont les jeunes communistes qui forment les premiers groupes de combat : vingt ans en moyenne, formés aux Jeunesses communistes, quelques vétérans des Brigades internationales d'Espagne.
Pierre Georges, dit "Frédo", a vingt-deux ans en septembre 1941. Il a combattu en Espagne. Le 21 août, il a abattu l'aspirant Moser sur le quai du métro Barbès : c'est le premier attentat armé contre un militaire allemand dans Paris occupé. Cet acte ouvre la saison des représailles : l'occupant commence à fusiller des otages. Pierre Georges le sait. Il continue.
Le 19 septembre 1941, il est au boulevard Pershing, dans le 17e arrondissement. Avec lui : Conrado Miret-Muste, militant catalan exilé ; Gilbert Brustlein, jeune communiste alsacien ; Fernand Zalkinow, Marcel Bourdarias, Louis Marchandise, Asher Semahiya, Maurice Le Berre. Leur objectif : le garage Soga au numéro 21 du boulevard, réquisitionné par la Wehrmacht comme parc automobile sous la référence HKP 503. L'attentat est réalisé au cocktail Molotov. Les véhicules militaires allemands brûlent.
La méthode est simple, le risque immense. L'occupant applique la règle des otages : pour chaque soldat allemand tué ou blessé, des dizaines de Français sont fusillés. Pour les Bataillons de la Jeunesse, l'inaction est une capitulation. La résistance armée, quels qu'en soient les coûts immédiats pour les populations, est la seule réponse digne à l'occupation.
Le mois suivant, Gilbert Brustlein et Pierre Georges participent à l'assassinat du colonel Hotz, commandant allemand de Nantes, le 20 octobre 1941. En représailles, 48 otages sont fusillés à Châteaubriant et Nantes. Pierre Georges poursuit son activité clandestine, prend le nom de guerre de colonel Fabien, commande les FTP de la région parisienne. Il meurt en décembre 1944 en Alsace lors de l'explosion accidentelle d'une mine. La place Colonel-Fabien, dans le 10e arrondissement, porte son nom.