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📖 Histoire socialiste (1789-1900), tome V : Thermidor et Directoire (1794-1799) DEVILLE Gabriel
Bibliographie

Histoire socialiste (1789-1900), tome V : Thermidor et Directoire (1794-1799)

Jules Rouff, 1904.
3 Fiches citant cet ouvrage
1904 Édition
Note éditoriale
Collection dirigée par Jean Jaurès.

À propos de cet ouvrage

Source : wikisource · commons

Fiches citant cet ouvrage

3 fiches
Événement
1799
9 novembre 1799 — Palais National (palais des Tuileries rebaptisé, salle des Machines)/Conseil des Anciens
p 571-586
Le 18 brumaire an VIII, au petit matin, les députés jugés sûrs reçoivent une convocation urgente aux Tuileries : un complot jacobin menacerait la République. Il n’y a pas de complot, et Paris est calme. Bonaparte est ren …

Le 18 brumaire an VIII, au petit matin, les députés jugés sûrs reçoivent une convocation urgente aux Tuileries : un complot jacobin menacerait la République. Il n’y a pas de complot, et Paris est calme.

Bonaparte est rentré d’Égypte depuis trois semaines. Sieyès, l’un des cinq directeurs, guettait depuis longtemps l’occasion d’imposer une constitution de sa façon et cherchait un général ; Talleyrand et Fouché, le ministre de la Police, ont noué l’alliance. Le plan : faire transférer les deux Conseils hors de Paris, à Saint-Cloud, sous prétexte de les protéger, et s’y faire remettre le pouvoir. L’argent ne manque pas. Bonaparte est allé dîner un soir, discrètement, chez le banquier Nodler, à Sèvres ; Collot, un fournisseur aux armées, a avancé cinq cent mille francs en or. Le président du Directoire, Gohier, ne se doute de rien : le général doit dîner chez lui, en famille, le 18 brumaire. Il a plutôt convoqué chez lui, rue de la Victoire, pour sept heures du matin, les généraux et les officiers de la garnison ; la cavalerie de Murat et de Sébastiani doit occuper les Champs-Élysées et le jardin des Tuileries.

Plan : la salle de la Convention et ses annexes dans le château des Tuileries, entre la cour et le jardin

Au palais, où siège le conseil des Anciens, cent cinquante membres seulement ont été convoqués, une heure avant la séance ; on n’y voit aucun néo-jacobin. Le président, Lemercier, est acquis au coup. Le député Cornet dénonce des conjurés prêts à « lever leurs poignards sur des représentants de la nation », sans dire qui ni où ; Régnier enchaîne : les Conseils doivent quitter Paris. Les Anciens votent le transfert du Corps législatif à Saint-Cloud, ce que la Constitution leur permet, et confient à Bonaparte le commandement des troupes de Paris, ce qu’elle réservait au Directoire. Bonaparte entre en uniforme et jure, devant des bancs clairsemés, de sauver la République.

Gravure en couleurs : quatre personnages en costumes officiels, manteaux rouges ou bleus et toques à plumes, de part et d’autre d’une table

Vers onze heures, il passe les troupes en revue dans le jardin. L’ordre du jour, aussitôt imprimé, répartit les commandements : Lefebvre devient son premier lieutenant, Murat prend toute la cavalerie, Lannes garde le palais des Anciens, Marmont l’artillerie, Morand conserve la place de Paris. À Moreau, il confie la garde du Luxembourg, où siège le Directoire, faisant de lui, dira le poète Arnault, un geôlier. Avisant Bottot, le secrétaire de Barras, il le prend à partie devant les soldats sur l’état où il a retrouvé la France ; Bottot court porter la menace à son maître. Au même moment, Talleyrand et l’amiral Bruix obtiennent de Barras sa démission, déjà rédigée ; Sieyès et Roger Ducos ont donné la leur. Les deux derniers directeurs, Gohier et Moulin, refusent et se retrouvent prisonniers dans leur palais. Ils tentent de faire sortir un message aux Conseils : « Puissent nos serments n’être pas les derniers cris de la liberté expirante ! » On l’intercepte. À midi, les Cinq-Cents reçoivent le décret ; leur président, Lucien Bonaparte, le frère du général, lève la séance avant tout débat.

Entre onze heures et midi, les Parisiens lisent des affiches de Bonaparte et de Fouché, qui parlent d’un grand danger auquel la République vient d’échapper. Ils n’y comprennent rien, écrit l’historien socialiste Gabriel Deville, et ne se mêlent de rien. Bonaparte installe son état-major aux Tuileries. Le soir, avec Sieyès et Ducos, il convient de se faire nommer consuls provisoires ; il reste à l’obtenir des Conseils, le lendemain, à Saint-Cloud. « En somme, cela n’a pas été mal aujourd’hui », dit-il à son secrétaire, Bourrienne.

Un demi-siècle plus tard, quand le neveu, Louis-Napoléon Bonaparte, rejoue le coup le 2 décembre 1851, Marx intitule son analyse Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte. Les grands événements, écrit-il, se répètent deux fois, « la première fois comme tragédie, la seconde fois comme farce ». Il dit aussi ce qu’a fait l’oncle : créer en France les conditions de la libre concurrence, de la petite propriété paysanne et de l’essor industriel, c’est-à-dire accomplir la tâche de la société bourgeoise moderne.

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Événement
1799
6 novembre 1799 — Église St Sulpice/Temple de la Victoire
p 574
Sept cent cinquante convives, et presque pas un mot. Le 6 novembre 1799, dans l’église Saint-Sulpice devenue temple de la Victoire, les députés offrent un banquet au général revenu d’Égypte. Trois jours plus tard, ses gr …

Sept cent cinquante convives, et presque pas un mot. Le 6 novembre 1799, dans l’église Saint-Sulpice devenue temple de la Victoire, les députés offrent un banquet au général revenu d’Égypte. Trois jours plus tard, ses grenadiers dispersent une partie d’entre eux.

Bonaparte a quitté son armée d’Égypte à la fin d’août 1799. Le 9 octobre, il débarque près de Fréjus en échappant à la quarantaine, traverse une France qui l’acclame et arrive à Paris le 16. Le jour même, il rend visite au président du Directoire, Louis-Jérôme Gohier, qu’il connaît bien. L’un des cinq directeurs, Sieyès, cherche « un sabre » pour réviser la Constitution ; il avait pensé à Joubert, tué en Italie, et au général Moreau. Ce sera Bonaparte. Le 23 octobre, son frère Lucien, qui n’a pas vingt-cinq ans, est élu président du Conseil des Cinq-Cents. Des brochures présentent le général comme l’homme de la paix ; les fournisseurs aux armées, « l’aristocratie financière du temps » selon le Grand Larousse, lui auraient avancé deux millions.

Peinture : portrait de Louis-Jérôme Gohier, vieil homme aux cheveux blancs, cravate blanche et habit sombre, dans un cadre ovale doré

Le 15 brumaire an VIII (6 novembre), de nombreux députés des deux Conseils offrent par souscription un banquet à Bonaparte et à Moreau. Le cadre est l’église Saint-Sulpice, que l’administration de la Seine a rebaptisée temple de la Victoire en octobre 1798, et où les théophilanthropes, adeptes d’un culte déiste, ont tenu leurs séances. On a dressé dans la nef de longues tables, sous des trophées de drapeaux. Les convives sont environ sept cent cinquante, Gohier préside. Tous ont entendu parler d’une conspiration, presque aucun ne sait rien de précis : ils s’observent, gênés, silencieux. Le président du Directoire, note le Larousse, est « seul calme et rayonnant ». Les Jacobins Briot et Destrem sont venus ; les généraux Jourdan et Augereau se sont abstenus. Autour des mêmes tables, on trouve les vainqueurs et les vaincus de Brumaire.

Bonaparte se méfie. Il a fait apporter dans sa voiture, raconte son aide de camp Lavallette, un pain et une demi-bouteille de vin. Il porte un toast « à l’union de tous les Français », glisse aux députés qui comptent quelques mots flatteurs et se retire de bonne heure.

Peinture en trompe-l’œil : profil de Bonaparte en bas-relief blanc, en habit brodé, au-dessus de l’inscription « Buonaparte »

L’argent n’est pas loin de la table. La grande affaire du moment est l’emprunt forcé et progressif voté en messidor sur les fortunes : des soixante-dix millions demandés, à peine plus de dix sont rentrés, et le 7 novembre un député réclame aux Cinq-Cents la fin de la progressivité. Le Consulat n’aura pas besoin de débat : la suppression de l’emprunt forcé progressif figure parmi ses toutes premières mesures financières.

Le soir du banquet, le dramaturge Arnault vient régler les derniers détails chez Bonaparte, rue de la Victoire. L’affaire, prévue pour le 16, est remise au 18 : « Ces imbéciles du conseil des Anciens n’ont-ils pas des scrupules ! ils m’ont demandé vingt-quatre heures. » Le 18 brumaire, les Anciens transfèrent les Conseils à Saint-Cloud ; Moreau accepte de garder le Directoire au Luxembourg, et Gohier, qui refuse de démissionner, y reste consigné sous la surveillance du général qu’il avait fêté trois jours plus tôt. Le 19, les grenadiers chassent les Cinq-Cents de l’orangerie de Saint-Cloud.

Moreau, compromis dans un complot royaliste en 1804, s’exilera et mourra en 1813 dans les rangs des coalisés, à Dresde. Saint-Sulpice redevient une paroisse en 1802.

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Événement
1799
9 novembre 1799 — Palais Bourbon/Conseil des Cinq-Cents
p 580
Le 18 brumaire an VIII, à midi, le conseil des Cinq-Cents, qui siège au Palais-Bourbon depuis janvier 1798, reçoit communication du décret par lequel les Anciens, réunis le matin aux Tuileries, transfèrent le Corps légis …

Le 18 brumaire an VIII, à midi, le conseil des Cinq-Cents, qui siège au Palais-Bourbon depuis janvier 1798, reçoit communication du décret par lequel les Anciens, réunis le matin aux Tuileries, transfèrent le Corps législatif à Saint-Cloud et confient à Bonaparte le commandement des troupes de Paris. Son président, Lucien Bonaparte, frère du général, coupe court aux demandes d’explication et lève la séance. Les deux Conseils se retrouveront le lendemain à Saint-Cloud.

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