Dumas père ouvre un théâtre pour jouer ses propres pièces

Théâtre Historique/Théâtre Lyrique/Boulevard du Crime

Le Caligula de Alexandre Dumas

Le 20 février 1847, Alexandre Dumas père réalise un vieux rêve d’auteur dramatique : disposer de sa propre salle pour monter ses pièces. Sur le boulevard du Crime, il inaugure le Théâtre Historique, conçu comme un écrin pour son théâtre romantique et feuilletonesque, entre épopée, cape et épée et grandes fresques nationales.

Le projet est à l’image de Dumas : ambitieux, flamboyant, dispendieux. La salle, richement décorée, est pensée pour accueillir de vastes distributions et des décors spectaculaires, à la hauteur des Trois Mousquetaires, de La Reine Margot ou d’Henri III et sa cour. L’acteur Étienne Mélingue, l’un de ses interprètes fétiches, y triomphe dans des rôles de spadassins et de héros populaires, donnant chair à cet imaginaire romanesque qui a déjà conquis les lecteurs.

Mais la belle aventure se heurte vite aux réalités financières. Le coût des productions, l’irrégularité du public, les dettes accumulées entraînent la chute du Théâtre Historique, qui change de direction puis de vocation et devient, à partir de 1850, le Théâtre Lyrique. Dumas, lui, doit renoncer à son rêve de « maison à lui », symbole de son désir de contrôler de bout en bout le destin de ses œuvres.

L’ouverture puis l’échec de ce théâtre n’en disent pas moins la place conquise par Dumas dans le paysage culturel de 1848 : celle d’un auteur populaire assez puissant pour tenter de se doter de son propre outil, sur ce boulevard du Temple déjà saturé de mélodrames, de drames sanglants et de rires – ce « boulevard du Crime » où sa légende s’inscrit pour longtemps.