Trois ouvriers parisiens partent pour Londres avec des frais de voyage financés par des cotisations de vingt-cinq centimes ; ils reviennent avec l'Association internationale des travailleurs.
Henri Tolain est ciseleur sur bronze. Il habite au 105 ou 107 de la rue du Faubourg du Temple, dans le 10e arrondissement. En 1862, il a fait partie de la délégation ouvrière autorisée par Napoléon III à visiter l'Exposition universelle de Londres. Les ouvriers français y ont rencontré les syndicalistes anglais des Trade Unions. Ces rencontres ont produit une conviction commune : les travailleurs des différents pays ont les mêmes intérêts et sont mis en concurrence les uns contre les autres par les patrons. Il faut s'organiser au-delà des frontières.
En 1864, une nouvelle délégation est préparée. Trois ouvriers sont désignés : Tolain, Charles Limousin et Joseph Perrachon. Leurs frais de voyage sont couverts par une cotisation hebdomadaire de vingt-cinq centimes versée par les militants parisiens. La délégation part de Paris fin septembre.
Le 28 septembre 1864, à Saint Martin's Hall à Londres, se tient un meeting international qui rassemble ouvriers anglais, français, allemands, italiens, polonais. Le motif immédiat est la solidarité avec l'insurrection polonaise de 1863, écrasée par la Russie. Mais l'assemblée va au-delà. Elle décide de créer une organisation permanente : l'Association internationale des travailleurs, que l'histoire retiendra sous le nom de Première Internationale.
Karl Marx est présent dans la salle, presque par hasard, invité comme représentant des ouvriers allemands. Il ne prend pas la parole ce soir-là. Mais il est élu au comité provisoire et se voit confier la rédaction des textes fondateurs. Il écrit l'Adresse inaugurale et les Statuts provisoires, dont la première phrase deviendra célèbre : "L'émancipation des travailleurs sera l'œuvre des travailleurs eux-mêmes."
Tolain dirige la première section parisienne de l'Internationale, créée fin 1864. La section sera poursuivie, dissoute, reformée. Tolain siégera à l'Assemblée nationale en 1871 et refusera de rejoindre la Commune ; l'Internationale l'excluera pour cette raison. Mais ce qui fut décidé le 28 septembre 1864 à Londres continuera sans lui.