Attentat anarchiste du 5 avril 184 au restaurant Le Foyot, Le Petit Parisien, 15 avril 1894
Le 5 avril 1894, une bombe explose au restaurant Foyot, 33 rue de Tournon, établissement bourgeois face au Sénat où se retrouvent parlementaires et gens de lettres. Plusieurs clients sont blessés. L'un d'eux, le poète symboliste Laurent Tailhade, perd un œil.
L'ironie est cruelle. Un an plus tôt, le 9 décembre 1893, l'anarchiste Auguste Vaillant avait lancé une bombe dans l'hémicycle de la Chambre des députés — sans faire de morts. Tailhade avait alors déclaré à un dîner : "Qu'importent les victimes si le geste est beau !" La formule avait fait le tour de Paris.
Le voilà maintenant victime du geste beau. La presse s'empressa de noter la coïncidence. Tailhade, lui, ne renia pas ses convictions anarchisantes — mais perdit effectivement un œil dans l'explosion, dont l'auteur ne fut jamais identifié avec certitude.
Le Foyot était l'un des restaurants les plus fréquentés du quartier latin depuis le Second Empire. Zweig y dînera plus tard, Radiguet aussi — ce lieu qui sentait le Sénat et le pouvoir, juste en face du Luxembourg, attirait autant les politiques que les écrivains qui les observaient.
L'attentat du Foyot survient dans le contexte des années anarchistes : depuis 1892, Ravachol, puis Vaillant, puis Émile Henry ont ensanglanté Paris de leurs bombes. En juin 1894, le président Carnot sera assassiné à Lyon. La série prendra fin avec les lois scélérates qui musèlent la presse anarchiste.