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📖 Histoire socialiste (1789-1900), tome X : Le Second Empire (1852-1870) THOMAS Albert
Bibliographie

Histoire socialiste (1789-1900), tome X : Le Second Empire (1852-1870)

THOMAS Albert
Jules Rouff, 1908.
2 Fiches citant cet ouvrage
1908 Édition
Note éditoriale
Collection dirigée par Jean Jaurès.

À propos de cet ouvrage

Source : wikisource · commons

Fiches citant cet ouvrage

2 fiches
Événement
1866
7 novembre 1866 — Café de la Renaissance/Café Mathieu
p 302
Ils s’étaient réunis pour savoir s’ils avaient eu tort de désobéir à Blanqui ; la police, prévenue par deux indicateurs, les emmène presque tous. Parmi eux, le futur procureur de la Commune, qui fera fusiller en 1871 l’a …

Ils s’étaient réunis pour savoir s’ils avaient eu tort de désobéir à Blanqui ; la police, prévenue par deux indicateurs, les emmène presque tous. Parmi eux, le futur procureur de la Commune, qui fera fusiller en 1871 l’avocat de ses camarades.

En 1866, Auguste Blanqui, évadé de prison en août 1865, dirige depuis la Belgique un petit parti clandestin d’étudiants et d’ouvriers. Ses disciples du Quartier latin se nomment Gustave Tridon, qui l’a connu en prison à Sainte-Pélagie et dont le journal Candide a été saisi au huitième numéro, Raoul Rigault, Eugène Protot, Charles Longuet, Gaston Da Costa, les frères Levraud. Ils se réunissent dans les cafés et, ce que la police surveille de plus près, avec des ouvriers, dans des salles qui changent de faubourg.

En septembre 1866, l’Association internationale des travailleurs tient à Genève son premier congrès. Les onze délégués de Paris, des ouvriers proudhoniens hostiles aux grèves et partisans des coopératives, sont partis avec cent vingt francs en poche pour le voyage et huit jours de séjour. Le Conseil général de Londres a invité à se joindre aux travaux les étudiants français qui reviennent du congrès des étudiants de Liège, Protot parmi eux. À la tribune, Protot traite d’agents bonapartistes Tolain et Fribourg, qu’on soupçonne de graviter autour du prince Napoléon, cousin de l’empereur. On frôle le pugilat, et Protot est expulsé du congrès. Blanqui avait pourtant donné l’ordre de cesser l’attaque.

Le 7 novembre 1866, les blanquistes se retrouvent au café de la Renaissance, au coin de la place Saint-Michel et de la rue Saint-Séverin, face à la fontaine inaugurée six ans plus tôt, pour la « séance solennelle du compte-rendu » : ont-ils eu tort de désobéir ? La discussion est orageuse ; Protot maintient sa position, Tridon défend celle de Blanqui. La police, renseignée par deux indicateurs, Largillière et Greffe, fait irruption. Protot parvient à s’éclipser ; quarante-deux militants sont arrêtés.

Dessin à la plume : Gustave Tridon de profil, barbu, coiffé d’un bonnet, sous le titre « La Patrie en danger »

Parmi eux, Raoul Rigault, vingt ans. Fils d’un sous-préfet de 1848 destitué après les journées de Juin, chassé du lycée Saint-Louis pour avoir pris part à une révolte d’élèves, bohème débraillé qui voue un culte à Hébert, il annonce que son premier mandat d’arrêt, le jour où il sera préfet de police, visera Dieu. À l’instruction, il nie toute société secrète et dit ne fréquenter le café Mahieu que pour y voir ses amis. On saisit chez lui une photographie de Marat et un manuscrit intitulé Dieu c’est le mal. Le 17 décembre, il obtient un non-lieu. « Pas de chance ! commente-t-il, ils n’ont pas voulu me faire voir Mazas. »

Les autres sont jugés en janvier 1867 pour délit de société secrète. Les juges ont trouvé un moyen simple de dresser la liste des membres : celle des abonnés de Candide. « On avait oublié pour la circonstance que M. de Rothschild était abonné », relève l’historien Albert Thomas. Le vrai motif, ajoute-t-il, était que les étudiants fréquentaient les ouvriers. Les accusés ont pour avocat un républicain de quarante-neuf ans, ami de Proudhon, Gustave Chaudey. Tridon prend quinze mois de prison et cent francs d’amende. Les blanquistes accuseront les internationaux de les avoir dénoncés ; l’un des deux indicateurs, Largillière, figurait parmi les inculpés.

Quatre ans plus tard, la plupart se retrouvent à l’Hôtel de Ville. Tridon est élu à la Commune par le 5e arrondissement, Protot devient délégué à la Justice, Longuet rédige le Journal officiel, Rigault dirige la préfecture de police, puis devient procureur de la Commune. Chaudey, lui, a été adjoint au maire de Paris pendant le siège : les communards l’accusent d’avoir fait tirer sur la foule devant l’Hôtel de Ville le 22 janvier 1871. Arrêté en avril, il est fusillé dans le préau de Sainte-Pélagie le 23 mai, en pleine Semaine sanglante, sur l’ordre de Rigault. Aucune preuve de sa culpabilité n’a jamais été apportée ; Courbet, qui avait peint son portrait, démissionne de ses mandats. Rigault est fusillé le lendemain par les soldats versaillais.

Peinture : portrait de Gustave Chaudey, homme aux favoris noirs, en habit sombre, sur fond brun

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Événement
1869
14 novembre 1869 — Chambre fédérale des Sociétés ouvrières (dans une ancienne goguette, société chantante)
p 352, 363-364 & 387
À l’automne de 1869, une grève interminable vide les caisses de tous les métiers de Paris. Les ouvriers en tirent la leçon : il leur faut un état-major commun. Ils l’installent place de la Corderie-du-Temple, dans l’imme …

À l’automne de 1869, une grève interminable vide les caisses de tous les métiers de Paris. Les ouvriers en tirent la leçon : il leur faut un état-major commun. Ils l’installent place de la Corderie-du-Temple, dans l’immeuble où siège déjà l’Internationale.

Sous le Second Empire, un ouvrier a le droit de faire grève depuis 1864, pas celui de se syndiquer. Les métiers s’organisent à demi-mot, en sociétés de secours, de crédit ou « de résistance ». Les typographes ont créé une caisse commune, la caisse du sou : chaque adhérent y verse cinq centimes par semaine, et l’argent est prêté au métier en grève. Les militants de l’Internationale veulent davantage. En mars 1869, la société des ouvriers bronziers, où ils comptent, propose les statuts d’une Chambre fédérale des sociétés ouvrières de Paris. Le pacte doit rendre les travailleurs « possesseurs de tous les outillages », « afin qu’ils puissent se soustraire à l’arbitraire du patronat et à l’exigence du capital ». En mai, les délégués des métiers, réunis aux Folies-Belleville à l’appel d’Eugène Varlin, adoptent le projet ; des proudhoniens comme Tolain y travaillent avec des collectivistes comme Varlin. En juin, la préfecture interdit leurs réunions.

Photographie : portrait d’Eugène Varlin jeune, barbe et cheveux bruns, en veston sombre

L’automne règle la question. Le 8 octobre, à Aubin, dans l’Aveyron, la troupe tire sur les mineurs et tue quatorze hommes ; le 14, les délégués parisiens signent ensemble une protestation. À Paris, les patrons tiennent bon : les brossiers cèdent après sept semaines, les tisseurs en canevas après plus de dix. Surtout, les mégissiers, qui préparent les peaux fines, sont en grève depuis le 15 juillet. Ils sont environ huit cents. Chaque paye de grève coûte 8 000 francs, et tous les métiers vident leurs caisses pour eux. En face, la chambre syndicale patronale des cuirs et peaux indemnise les patrons de leurs pertes. Varlin, le relieur, y voit un plan : épuiser les sociétés ouvrières dans des grèves sans fin.

C’est dans cette bataille que la Chambre fédérale prend corps. Le 20 novembre, Varlin écrit à son camarade lyonnais Albert Richard : « La multiplicité des grèves nous crée des embarras terribles, mais cela nous force à nous organiser. » Le 1er décembre, il annonce aux sociétés lyonnaises que la fédération parisienne est constituée. La grève des mégissiers, elle, échoue en décembre ; elle a coûté aux syndicats plus de 86 000 francs. Pour Varlin, ce n’est pas de l’argent perdu. Si l’on ne regarde que les salaires, la grève est un « cercle vicieux » ; pour « l’organisation des forces révolutionnaires du travail, elle est le moyen par excellence ».

Photographie : portrait d’Albert Theisz assis, moustache, veste sombre, les mains croisées

La Chambre fédérale s’installe au 14 de la Corderie, dans l’immeuble où l’Internationale a son local. Ce sont deux organisations distinctes, mais elles partagent l’escalier et souvent les mêmes hommes : Varlin, secrétaire de l’une et animateur de l’autre ; Albert Theisz, ciseleur sur bronze, qui dirigera les Postes sous la Commune. En avril 1870, elles signent ensemble un manifeste contre le plébiscite de Napoléon III ; en juin, au procès de l’Internationale, les juges de l’Empire s’appliquent à les confondre.

Dix-huit mois plus tard, la Corderie fournit à la Commune une bonne part de ses cadres. Varlin est fusillé à Montmartre le 28 mai 1871. Les syndicats, eux, ont retenu ce que la grève des mégissiers leur a appris : un métier seul ne tient pas contre des patrons unis. Un quart de siècle plus tard, ils fondent la CGT.

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