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Au cœur du faubourg Saint-Germain, l'Hôtel des Invalides surgit derrière son immense esplanade comme une ville dans la ville. Louis XIV en ordonne la construction par édit du 24 février 1670, pour offrir un toit aux soldats mutilés au service de la couronne — jusque-là abandonnés à la mendicité. Conçu par Libéral Bruand puis parachevé par Jules Hardouin-Mansart et son dôme doré, l'ensemble est une démonstration de puissance autant qu'un acte de compassion calculé. Dans la cour d'Honneur, une mansarde du côté oriental dissimule un jeu de mots gravé dans la pierre : un « loup qui voit » — louvois — clin d'œil au ministre tout-puissant qui réprima lui-même une émeute de pensionnaires lors de la fondation.

L'histoire ne tarde pas à déborder les murs. En juillet 1789, la foule parisienne enfonce les portes et repart avec 32 000 fusils, 12 canons et un mortier — le butin qui va servir à prendre la Bastille quelques heures plus tard. Sous la Révolution, l'église Saint-Louis devient tour à tour Temple de l'Humanité puis Temple de Mars, coiffée d'un bonnet phrygien sur son dôme ; l'esplanade se couvre de plus de deux cents forges en plein air pour fondre des armes. Parmentier, pensionnaire de l'établissement entre 1772 et 1785, y mène en parallèle ses célèbres recherches sur la pomme de terre.

Le XIXe siècle fait des Invalides un écrin de gloire militaire et de tragédies politiques : les Prussiens y campent en 1815, la duchesse d'Orléans s'y réfugie en 1848 avant de fuir sous la pression des insurgés, les Fédérés de la Commune y installent un parc à canons en 1871 — avant que la répression de la Semaine sanglante n'y laisse ses victimes. Sous l'Occupation, le bâtiment héberge le quartier général allemand, mais aussi, dans la loge du concierge Georges Morin et les combles de la nef, un réseau d'évasion qui exfiltre quelque 130 aviateurs alliés. Morin sera déporté et ne reviendra pas.

Noms successifs du lieu

  • 1670 Maison royale des Invalides — hospice militaire fondé par Louis XIV
  • 1792 Temple de l'Humanité — église Saint-Louis déchristianisée
  • 1793 Temple de Mars et des vertus guerrières — bonnet phrygien hissé sur le dôme
  • 1840 Nécropole militaire nationale — retour des cendres de Napoléon Ier, tombeau sous le dôme
  • Aujourd'hui Institution nationale des invalides, musées, cathédrale Saint-Louis, tombeau de Napoléon

Événements à cette adresse

31 événements · 1670 — 1947
Église St Louis des Invalides — Tombe du général Leclerc
Officier lecteur de l’Action française, avec laquelle il rompt en 1940, Philippe de Hauteclocque s’évade, rejoint de Gaulle et devient « Leclerc ». À Koufra, en 1941, il jure de ne pas déposer les armes avant de voir le…

Officier lecteur de l’Action française, avec laquelle il rompt en 1940, Philippe de Hauteclocque s’évade, rejoint de Gaulle et devient « Leclerc ». À Koufra, en 1941, il jure de ne pas déposer les armes avant de voir le drapeau flotter sur la cathédrale de Strasbourg. Le 25 août 1944, dans Paris insurgé, il reçoit la reddition de von Choltitz ; à la gare Montparnasse, la capitulation porte aussi la signature du chef communiste Henri Rol-Tanguy. Il part reconquérir l’Indochine, mais penche pour une solution politique avec Hô Chi Minh. Il meurt le 28 novembre 1947 près de Colomb-Béchar, dans un accident d’avion, à 45 ans. Après des funérailles nationales, il est inhumé dans la crypte des Invalides, au caveau des gouverneurs ; un bas-relief l’honore sur un pilier de la cathédrale Saint-Louis.

Emplacement : crypte de la cathédrale Saint-Louis-des-Invalides, caveau des gouverneurs
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Personnage(s) : Philippe de Hauteclocque
Hôtel des Invalides — 7e arr.
Hôtel des Invalides — 7e arr.
Hôtel des Invalides (cour principale)
Prestation de serment de la Milice à Joseph Darnand dans la cour des Invalides
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Hôtel des Invalides — 7e arr.
Église St Louis des Invalides (combles de la nef)
Cachette du réseau "Évasion" ; la famille Morin abrite, entre autre sur les toits de l'Hotel, 130 aviateurs américains, britaniques et canadiens en transit d'exfiltration. La famille Morin sera déportée ; Georges ne reviendra pas
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Personnage(s) : Georges Morin ·Denise Morin ·Yvette Morin
Hôtel des Invalides — 7e arr.
Hôtel des Invalides (sous le dôme, près du tombeau de Napoléon)
Dans un but de propagande, Hitler fait rapatrier de Vienne les cendres du fils de Napoléon 1er ; un bide total. Les drapeaux nazis sont arrachés dans la nuit. L'Hôtel des Invalides reste le monument le plus visité de Paris... par les nazis
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Hôtel des Invalides — 7e arr.
Hôtel des Invalides — 7e arr.
Hôtel des Invalides — Service d'état-major de l'armée de terre nazie
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Personnage(s) : Henri-Fernand Dentz
Hôtel des Invalides — 7e arr.
Hôtel des Invalides
On voulait le porter au Panthéon ; faute d'avoir voté la loi à temps, on le déposa « provisoirement » aux Invalides — où il est encore. Le 14 juillet 1915, la France est en guerre depuis un an. Ce matin-là, un cortège…

On voulait le porter au Panthéon ; faute d'avoir voté la loi à temps, on le déposa « provisoirement » aux Invalides — où il est encore.

Le 14 juillet 1915, la France est en guerre depuis un an. Ce matin-là, un cortège funèbre descend les Champs-Élysées depuis l'Arc de Triomphe : un cercueil drapé de tricolore, porté sur un affût de canon, escorté de troupes, qui gagne lentement les Invalides. Dans la bière, les ossements d'un homme mort depuis près de quatre-vingts ans : Claude-Joseph Rouget de Lisle, qui, une nuit d'avril 1792 à Strasbourg, avait écrit le Chant de guerre pour l'armée du Rhin — la Marseillaise. Derrière le cercueil marchent le président Poincaré, les présidents des deux chambres, tout l'État en habit.

L'homme, pourtant, avait mal fini. Officier tiède, il refusa de prêter serment après la chute du roi, faillit y laisser la tête sous la Terreur, et mourut oublié et sans le sou à Choisy-le-Roi, en 1836. Son chant, lui, avait conquis le monde : interdit, ressuscité, déclaré une première fois chant national un 14 juillet — celui de 1795 — puis consacré hymne national de la République le 14 février 1879. En 1915, la patrie en armes avait de nouveau besoin de son auteur ; on alla déterrer ses restes à Choisy.

Restait à choisir un tombeau digne. Le 6 juillet 1915, le conseil municipal de Paris vote à l'unanimité la panthéonisation pour le 14. Mais faire entrer un mort au Panthéon exige une loi votée par les deux chambres — et la décision tombe trop tard, à la veille des vacances parlementaires. Pas de loi, donc pas de Panthéon. Le gouvernement se rabat sur les Invalides, « à titre provisoire ».

Le 14 juillet, le cortège aboutit ainsi sous le dôme, et non rue Soufflot. Sur le parvis, Poincaré transforme l'hommage en discours de guerre, désignant l'Allemagne et l'Autriche-Hongrie. Le chant de 1792, né pour lever des volontaires contre l'envahisseur, se trouvait enrôlé dans l'union sacrée de 1914 — tandis que les ouvriers qui l'avaient jadis fait leur marchaient désormais derrière L'Internationale.

Le « provisoire » a tenu. Plus d'un siècle après, Rouget de Lisle n'a jamais rejoint le Panthéon — le transfert, réclamé encore par intermittence, n'a jamais eu lieu. Ses restes reposent dans le caveau des gouverneurs des Invalides, fermé au public. L'homme le plus chanté de France dort à l'endroit où presque personne ne peut lui rendre visite.

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Personnage(s) : Rouget de Lisle
Hôtel des Invalides — 7e arr.
Hôtel des Invalides — 7e arr.
Hôtel des Invalides — 7e arr.
Hôtel des Invalides — Lieu de massacre de Communards
Massacre de combattants pendant la Semaine sanglante ; en priorité les soldats considérés comme déserteurs et les étrangers ayant rejoint la Commune
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Personnage(s) : Fédérés
Hôtel des Invalides — 7e arr.
Esplanade des Invalides
Concentration de troupes destinées non seulement à récupérer les canons de la Garde nationale fédérée mais aussi à écraser la révolte communaliste dans l'œuf
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Personnage(s) : Bocher
Hôtel des Invalides — 7e arr.
Hôtel des Invalides — 7e arr.
Hôtel des Invalides
Après sa tentative de prendre le pouvoir pour son fils en se faisant nommer régente, la duchesse d'Orléans s'est réfugiée aux Invalides. Elle va devoir s'enfuir sous la pression des insurgés
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Hôtel des Invalides — 7e arr.
Hôpital des Invalides
Mort du maréchal Jourdan, général révolutionnaire vainqueur de Fleurus puis maréchal d'Empire
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Personnage(s) : Jean-Baptiste Jourdan
Hôtel des Invalides — 7e arr.
Église St Louis des Invalides
Une statue de Napoléon en petit caporal est installée au sommet de la colonne Vendôme. Transférée par Napolon III au rond-point de la défense, elle se retrouvera jetée dans la Seine. Repêchée elle finira dans la cour des Invalides
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Hôtel des Invalides — 7e arr.
Esplanade des Invalides
Les troupes d'occupation prussiennes campent sur l'esplanade des Invalides. 300 000 militaires étrangers occupent alors Paris
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Hôtel des Invalides — 7e arr.
Esplanade des Invalides — Forge en plein air pour la fabrication d'armes
Plus de 200 forges installées en plein air à Paris pour fabriquer des armes
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Hôtel des Invalides — 7e arr.
Église St Louis des Invalides — Temple de l'Humanité
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Hôtel des Invalides — 7e arr.
Église St Louis des Invalides — Section des Invalides
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Hôtel des Invalides — 7e arr.
Hôtel des Invalides — Laboratoire d'Antoine Parmentier
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Personnage(s) : Antoine Augustin Parmentier
Hôtel des Invalides — 7e arr.
Hôtel des Invalides — 7e arr.
Hôtel des Invalides — 7e arr.
Écuries de l'Hôtel des Invalides — Centre d'écoutes téléphoniques de la police
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Hôtel des Invalides — 7e arr.
Hôtel des Invalides — 7e arr.

Aujourd'hui

L'Hôtel des Invalides reste l'un des monuments les plus visités de Paris. On y trouve le musée de l'Armée, la cathédrale Saint-Louis avec les tombeaux de Rouget de Lisle, de Mac Mahon et de Leclerc, et, sous le dôme, le cénotaphe monumental de Napoléon Ier. L'Institution nationale des invalides accueille toujours des militaires blessés et invalides.