Grève du Creusot, Gallica BnF
Le 13 février 1870, Eugène Varlin, figure majeure du mouvement ouvrier et membre actif de l’Association internationale des travailleurs (A.I.T.), est incarcéré à la prison de la Santé à Paris. Cette arrestation marque un moment de tension entre l’Empire autoritaire de Napoléon III et les premiers réseaux socialistes organisés dans le pays.
L’épisode s’inscrit dans le prolongement direct de la grève du Creusot, déclenchée en janvier 1870 par les ouvriers métallurgistes de cette grande usine bourguignonne, l’une des plus importantes de France. Soutenue et relayée par l’A.I.T., cette mobilisation réclame l’amélioration des conditions de travail et la reconnaissance du droit d’association. Aux yeux du pouvoir impérial, ces revendications et surtout leur coordination internationale constituent une menace ouverte à l’ordre établi.
Pour Napoléon III et son ministre de l’Intérieur, le militantisme de l’A.I.T. symbolise la diffusion du « péril rouge ». En s’attaquant à Varlin – relieur de profession, autodidacte et militant de longue date pour la coopération ouvrière – le régime cherche à donner un coup d’arrêt à ce qu’il perçoit comme une contagion sociale dangereuse. L’arrestation, suivie d’un bref emprisonnement, vise moins à neutraliser un individu qu’à intimider tout un mouvement.
Pourtant, cette répression produit l’effet inverse : la figure de Varlin gagne en popularité dans les milieux ouvriers, son engagement en faveur de la solidarité et de la dignité du travail acquérant une résonance nouvelle. À peine un an plus tard, l’effondrement du Second Empire et la naissance de la Commune de Paris révéleront combien ces luttes prenaient racine dans les injustices que ce procès symbolise.