Enterré comme un saint, hissé au Panthéon, jeté dehors quatre mois plus tard : peu de morts ont autant voyagé que Marat.
Dans la nuit du 16 juillet 1793, au terme d'un cortège de plusieurs heures, on descend Marat sous les arbres du jardin des Cordeliers — à deux pas de la maison de la rue des Cordeliers où Charlotte Corday l'a frappé trois jours plus tôt. Pas de marbre : une roche brute, surmontée d'une urne. Le cœur du tribun, embaumé, est déposé à part, dans une urne que le club des Cordeliers suspend, dit-on, à sa voûte. Le culte de l'Ami du peuple est à son zénith ; son nom gagne les rues, les places, les discours.
Ce culte lui survit une année entière. Le 21 septembre 1794 — Thermidor est passé, mais l'élan jacobin n'est pas encore retombé —, la Convention le fait entrer au Panthéon. Ses restes y prennent, ce jour même, la place que l'on retire à ceux de Mirabeau, tombé en disgrâce : une idole en chasse une autre.
Le vent, pourtant, a tourné. La réaction thermidorienne s'accélère ; la jeunesse dorée brise les bustes de Marat, on efface son nom des carrefours. Le 8 février 1795, la Convention décrète son expulsion. On tire ses restes du Panthéon pour les jeter dans un cimetière voisin, du côté de Sainte-Geneviève — à peine quatre mois et demi après son entrée. Nul n'aura fait passage plus bref, ni plus orageux, sous la coupole. Où reposent aujourd'hui ses ossements, on ne le sait plus au juste.
Quant au jardin où tout avait commencé, il a disparu avec le couvent. La faculté de médecine couvre désormais l'ancien enclos des Cordeliers, quelque part entre les actuels 15 et 21 de la rue de l'École-de-Médecine. Sous les amphithéâtres dort l'emplacement où, une nuit de juillet, Paris avait couché son Ami du peuple sous une pierre nue — et que plus rien, aujourd'hui, ne signale.