Affiche de la Taverne du Bagne
Le 12 février 1884, s'ouvre au no 12 de la rue de Belleville la "Taverne du Bagne et des Ratapoils". On est à deux pas de la Courtille, avec ses bals et ses cabarets ; sur tout ce quartier dédié par excellence au plaisir, plane encore le souvenir de Mylord l'Arsouille, ce demi-mondain qui, cinquante ans plus tôt, animait des ses extravagances les fêtes de Carnaval de la Monarchie de Juillet. Étrange établissement que cette Taverne du Bagne qui propose à ses clients, tous les soirs à 11 heures, "soupe canaque, gourgane de Toulon et Badinguet".
Le fondateur et directeur de l'établissement, Maxime Lisbonne, est un aventurier de haut vol et un authentique héros de la Commune de Paris. La Taverne du Bagne de la rue de Belleville est l'exacte réplique d'un autre établissement, portant le même nom, que Maxime Lisbonne avait ouvert, quelques mois auparavant, à l'angle de la rue des Martyrs et du boulevard de Clichy.
La Taverne du Bagne, écrivait le Figaro de l'époque, avait la prétention de représenter exactement une des casernes de Nouméa. On eût dit d'une prison. Au dessus de la porte, une lanterne rouge. Sur la toiture, à droite et à gauche, deux canons. A l'intérieur, qui était d'un minable à faire fuir, mais dans lequel on s'empilait, le service était confié à des forçats, ayant tous au pied une chaîne se terminant par un boulet. Seulement le boulet était creux.s 'accrochait à la ceinture, s'ouvrait et contenait... la serviette avec laquelle on essuyait les tables. La, le bock s'appelait un boulet. Sur les murailles, une trentaine de tableaux représentant des scènes de bagne et les principaux forçats : Rochefort, Alphonse Humbert, Fortin, etc. [...] On ne sortait de l'étrange établissement qui est resté " la gloire de Lisbonne" qu'à l'aide d'un carton vert ou jaune dont voici un spécimen :
TAVERNE DU BAGNE
CERTIFICAT DE LIBÉRATION
Le Condamné a consommé
et s'est bien conduit.
Le Directeur
M. Lisbonne
Source: Gavroche n 109, p. 18