Photo : Rue des Archives/Tallandier
Une librairie de la rue Bonaparte servait de boîte aux lettres ; une trahison suffit à faire tomber tout un réseau.
La librairie « Au Vœu de Louis XIII », au 68 de la rue Bonaparte, dans le 6e arrondissement, avait tout d'un commerce ordinaire. C'était aussi l'une des boîtes aux lettres du réseau de résistance « Défense de la France », fondé en 1941 par Philippe Viannay pour produire et diffuser un journal clandestin du même nom.
Le 20 juillet 1943, Émile Marongin, membre du réseau, passe aux aveux. La Gestapo agit dans les heures qui suivent. La librairie est perquisitionnée, plusieurs membres sont arrêtés. Parmi eux : Jacques Lusseyran — aveugle depuis l'âge de huit ans, recruteur clé du réseau, qui compensait la perte de la vue par une mémoire et un sens de l'écoute hors du commun — et Geneviève de Gaulle, vingt-trois ans, nièce du général.
Geneviève de Gaulle est internée à Fresnes, puis déportée à Ravensbrück en février 1944. Elle survit. Rentrée en France en 1945, elle s'engage dans la lutte contre la grande pauvreté, préside ATD Quart Monde pendant vingt-six ans, publie en 1998 La Traversée de la nuit, récit sobre de sa déportation. Elle entre au Panthéon en 2015.
Lusseyran survécut à Buchenwald. Il écrivit Et la lumière fut, mémoire d'un aveugle qui avait choisi de résister en apprenant à lire les hommes autrement.