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📖 Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte MARX Karl
Bibliographie

Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte

Die Revolution, New York, 1852.
3 Fiches citant cet ouvrage
1852 Édition

À propos de cet ouvrage

Source : marxists.org

Fiches citant cet ouvrage

3 fiches
Événement
1799
9 novembre 1799 — Palais National (palais des Tuileries rebaptisé, salle des Machines)/Conseil des Anciens
ch. I
Le 18 brumaire an VIII, au petit matin, les députés jugés sûrs reçoivent une convocation urgente aux Tuileries : un complot jacobin menacerait la République. Il n’y a pas de complot, et Paris est calme. Bonaparte est ren …

Le 18 brumaire an VIII, au petit matin, les députés jugés sûrs reçoivent une convocation urgente aux Tuileries : un complot jacobin menacerait la République. Il n’y a pas de complot, et Paris est calme.

Bonaparte est rentré d’Égypte depuis trois semaines. Sieyès, l’un des cinq directeurs, guettait depuis longtemps l’occasion d’imposer une constitution de sa façon et cherchait un général ; Talleyrand et Fouché, le ministre de la Police, ont noué l’alliance. Le plan : faire transférer les deux Conseils hors de Paris, à Saint-Cloud, sous prétexte de les protéger, et s’y faire remettre le pouvoir. L’argent ne manque pas. Bonaparte est allé dîner un soir, discrètement, chez le banquier Nodler, à Sèvres ; Collot, un fournisseur aux armées, a avancé cinq cent mille francs en or. Le président du Directoire, Gohier, ne se doute de rien : le général doit dîner chez lui, en famille, le 18 brumaire. Il a plutôt convoqué chez lui, rue de la Victoire, pour sept heures du matin, les généraux et les officiers de la garnison ; la cavalerie de Murat et de Sébastiani doit occuper les Champs-Élysées et le jardin des Tuileries.

Plan : la salle de la Convention et ses annexes dans le château des Tuileries, entre la cour et le jardin

Au palais, où siège le conseil des Anciens, cent cinquante membres seulement ont été convoqués, une heure avant la séance ; on n’y voit aucun néo-jacobin. Le président, Lemercier, est acquis au coup. Le député Cornet dénonce des conjurés prêts à « lever leurs poignards sur des représentants de la nation », sans dire qui ni où ; Régnier enchaîne : les Conseils doivent quitter Paris. Les Anciens votent le transfert du Corps législatif à Saint-Cloud, ce que la Constitution leur permet, et confient à Bonaparte le commandement des troupes de Paris, ce qu’elle réservait au Directoire. Bonaparte entre en uniforme et jure, devant des bancs clairsemés, de sauver la République.

Gravure en couleurs : quatre personnages en costumes officiels, manteaux rouges ou bleus et toques à plumes, de part et d’autre d’une table

Vers onze heures, il passe les troupes en revue dans le jardin. L’ordre du jour, aussitôt imprimé, répartit les commandements : Lefebvre devient son premier lieutenant, Murat prend toute la cavalerie, Lannes garde le palais des Anciens, Marmont l’artillerie, Morand conserve la place de Paris. À Moreau, il confie la garde du Luxembourg, où siège le Directoire, faisant de lui, dira le poète Arnault, un geôlier. Avisant Bottot, le secrétaire de Barras, il le prend à partie devant les soldats sur l’état où il a retrouvé la France ; Bottot court porter la menace à son maître. Au même moment, Talleyrand et l’amiral Bruix obtiennent de Barras sa démission, déjà rédigée ; Sieyès et Roger Ducos ont donné la leur. Les deux derniers directeurs, Gohier et Moulin, refusent et se retrouvent prisonniers dans leur palais. Ils tentent de faire sortir un message aux Conseils : « Puissent nos serments n’être pas les derniers cris de la liberté expirante ! » On l’intercepte. À midi, les Cinq-Cents reçoivent le décret ; leur président, Lucien Bonaparte, le frère du général, lève la séance avant tout débat.

Entre onze heures et midi, les Parisiens lisent des affiches de Bonaparte et de Fouché, qui parlent d’un grand danger auquel la République vient d’échapper. Ils n’y comprennent rien, écrit l’historien socialiste Gabriel Deville, et ne se mêlent de rien. Bonaparte installe son état-major aux Tuileries. Le soir, avec Sieyès et Ducos, il convient de se faire nommer consuls provisoires ; il reste à l’obtenir des Conseils, le lendemain, à Saint-Cloud. « En somme, cela n’a pas été mal aujourd’hui », dit-il à son secrétaire, Bourrienne.

Un demi-siècle plus tard, quand le neveu, Louis-Napoléon Bonaparte, rejoue le coup le 2 décembre 1851, Marx intitule son analyse Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte. Les grands événements, écrit-il, se répètent deux fois, « la première fois comme tragédie, la seconde fois comme farce ». Il dit aussi ce qu’a fait l’oncle : créer en France les conditions de la libre concurrence, de la petite propriété paysanne et de l’essor industriel, c’est-à-dire accomplir la tâche de la société bourgeoise moderne.

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Événement
1848
4 novembre 1848 — Siège de l'Association Solidarité républicaine
chap. III
Au fronton de sa Constitution, la République de 1848 garde « Liberté, Égalité, Fraternité », mais elle lui donne pour base « la famille, le travail, la propriété, l’ordre public ». Le même jour, rue du Faubourg-Saint-Den …

Au fronton de sa Constitution, la République de 1848 garde « Liberté, Égalité, Fraternité », mais elle lui donne pour base « la famille, le travail, la propriété, l’ordre public ». Le même jour, rue du Faubourg-Saint-Denis, une enseigne rouge sur fond noir signale ceux qui voulaient une autre République.

Le 4 novembre 1848, l’Assemblée constituante adopte la Constitution de la Deuxième République ; une trentaine de représentants seulement votent contre. Le texte a été écrit à l’ombre des journées de Juin : quatre mois plus tôt, la fermeture des Ateliers nationaux a jeté les ouvriers de Paris sur les barricades, et l’armée de Cavaignac les a écrasés. Dans le débat qui a suivi, une promesse de Février s’est envolée, le droit au travail. Thiers l’a combattu, Tocqueville y a vu le communisme et une nouvelle servitude ; il est devenu un vague droit à l’assistance. Et la devise républicaine s’est vu encadrer, sur la proposition du député Théodore Ducos, par la famille, le travail, la propriété et l’ordre.

Lithographie coloriée : sur la place de la Concorde, une foule et des troupes entourent un dais rouge et des tribunes pavoisées, sous un ciel gris

Le même jour, une association arrête ses statuts au 50 rue du Faubourg-Saint-Denis : la Solidarité républicaine, « association pour le développement des droits et des intérêts de la Démocratie », sous la devise « L’union fait la force ». Ses considérants sont sans illusion : les partis contre-révolutionnaires « conspirent ouvertement et s’efforcent de ramener la monarchie », et les démocrates des départements ne trouvent plus de protection auprès des administrations. Elle veut défendre la République et « le développement pacifique et régulier des réformes sociales ».

Ce sont les rouges de l’Assemblée, ceux que l’on appelle les démocrates-socialistes. Le président est Martin-Bernard, conspirateur de l’insurrection de mai 1839 ; le vice-président, Agricol Perdiguier, menuisier, compagnon du tour de France ; le secrétaire général, Charles Delescluze. Ledru-Rollin, Lamennais, Schœlcher, qui vient d’abolir l’esclavage, et Gambon siègent au conseil général. La cotisation est de quatre francs par an, moitié pour le département, moitié pour Paris. Le plan est neuf : un comité dans chaque département, chaque arrondissement, chaque canton ; des journaux ; des conseils de défense pour les adhérents poursuivis ; des secours en cas de chômage ou de maladie ; l’appui aux associations ouvrières. C’est, avant la lettre, l’ébauche d’un parti.

Ce parti n’est pas celui des insurgés de Juin. Ses statuts promettent d’agir « par tous les moyens légaux », et Ledru-Rollin siégeait à la Commission exécutive qui a décidé, en juin, la dissolution des Ateliers nationaux, avant de s’effacer devant Cavaignac. Marx, qui écrit depuis Londres, ne s’y trompe pas : ces « républicains au sens petit-bourgeois » veulent la République démocratique pour atténuer l’antagonisme du capital et du salariat, non pour le supprimer. Mais il ajoute que leurs chefs ne sont pas des boutiquiers défendant leur caisse : ils croient sincèrement que leur émancipation est celle de toute la société.

Lithographie : portrait en buste d’un homme aux cheveux bouclés et favoris, en redingote, la main sur la poitrine

L’urgence est l’élection présidentielle du 10 décembre, la première au suffrage universel masculin, et la Solidarité fait campagne pour Ledru-Rollin. Dans Les Clubs et les clubistes, en 1851, Alphonse Lucas décrit les bureaux, signalés aux passants « par une enseigne en lettres rouges gigantesques sur fond noir », et la qualifie d’« ultra-démocratique ». Le résultat est cruel : Louis-Napoléon Bonaparte obtient 5,6 millions de voix, Cavaignac 1,5 million, Ledru-Rollin 381 000, à peine plus de 5 %. Le neveu de l’Empereur a raflé le vote des campagnes, que l’impôt des quarante-cinq centimes, décidé en mars par le Gouvernement provisoire, avait détournées de la République.

Après l’agitation du 29 janvier 1849, plusieurs membres sont arrêtés et le gouvernement dissout l’association. Le 13 juin, Ledru-Rollin appelle à manifester contre l’expédition qui écrase la République romaine : c’est l’échec, et l’exil. Les démocrates de 1848 connaîtront la suite. Baudin, représentant de la Montagne, tombe sur une barricade du faubourg Saint-Antoine le 3 décembre 1851, au lendemain du coup d’État. Delescluze, revenu du bagne de Guyane, meurt le 25 mai 1871, délégué à la Guerre de la Commune, sur la barricade du Château-d’Eau, à un kilomètre de la rue du Faubourg-Saint-Denis.

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Événement
1848
12 novembre 1848
chap. II
Le dimanche 12 novembre 1848, place de la Concorde, sous une neige fine, l’archevêque de Paris bénit la Constitution de la République. Les ouvriers de Juin, eux, sont au cimetière ou sur les pontons. En juin, la Républiq …

Le dimanche 12 novembre 1848, place de la Concorde, sous une neige fine, l’archevêque de Paris bénit la Constitution de la République. Les ouvriers de Juin, eux, sont au cimetière ou sur les pontons.

En juin, la République a écrasé dans le sang l’insurrection des ouvriers parisiens, jetés à la rue par la fermeture des Ateliers nationaux ; le général Cavaignac, chef du pouvoir exécutif, maintient depuis Paris en état de siège. C’est sous ce régime que l’Assemblée constituante a rédigé la Constitution, votée le 4 novembre. Le droit au travail, que réclamaient les ouvriers et que promettait le premier projet, a déchaîné les passions ; Thiers l’a combattu, et après Juin il a disparu du texte, comme le droit à l’assistance. Le préambule donne désormais pour base à la République « la Famille, le Travail, la Propriété, l’Ordre public ».

Peinture : la place de la Concorde pavoisée, l’obélisque au centre, un dais rouge et des tribunes devant les Tuileries, sous un ciel d’orage doré

Dès cinq heures du matin, on bat le rappel. Devant la grille du jardin des Tuileries, entre les deux fossés, on a dressé un autel sous un dôme surmonté d’une croix, à quarante marches du sol ; quarante mâts vénitiens portent des oriflammes autour de la place. À huit heures et demie, les représentants et le gouvernement prennent place ; le clergé de la Madeleine descend sur les marches de l’autel. Le président de l’Assemblée, Armand Marrast, lit la Constitution au peuple. Il neige fort ; les spectateurs se couvrent. On crie vive la Constitution, vive la République ; une voix isolée crie vive Cavaignac. On chante le Te Deum, on dit la messe, et l’archevêque, Mgr Sibour, bénit la foule. Près de quarante mille gardes nationaux défilent pendant quatre heures. La Montagne est presque absente ; Proudhon marche dans le cortège. Les préparatifs de la fête ont donné du travail à douze mille ouvriers, et la journée se passe sans la moindre manifestation hostile.

Marx a dit de cette Constitution qu’elle n’était « au fond que l’édition républicaine de la Charte constitutionnelle de 1830 ». Chaque liberté y est proclamée, puis renvoyée à des lois futures : « dans le texte la liberté, dans la marge la suppression de cette liberté ». Elle a été protégée, écrit-il encore, « par des baïonnettes, et encore dirigées contre le peuple ». Un mois plus tard, le 10 décembre, Louis-Napoléon Bonaparte est élu président de la République ; le 2 décembre 1851, il la renverse.

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