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📖 Le Drame des poisons : études sur la société du XVIIe siècle et plus particulièrement la cour de Louis XIV, d'après les archives de la Bastille FUNCK-BRENTANO Frantz
Bibliographie

Le Drame des poisons : études sur la société du XVIIe siècle et plus particulièrement la cour de Louis XIV, d'après les archives de la Bastille

FUNCK-BRENTANO Frantz
Hachette, 1900.
1 Fiches citant cet ouvrage
1900 Édition
Note éditoriale
Quatrième édition.

À propos de cet ouvrage

Source : archive.org

Fiches citant cet ouvrage

1 fiche
Événement
1664
14 novembre 1664 – 1680 — Arsenal de Paris/Hôtel du Grand maître de l'artillerie/Chambre de justice
p 131-132 & 241
Le 14 novembre 1664, après trois ans de prison, l’ancien surintendant des Finances comparaît devant la chambre de justice réunie à l’Arsenal. Le procureur général demande la potence. Dans Paris, Mme de Sévigné compte les …

Le 14 novembre 1664, après trois ans de prison, l’ancien surintendant des Finances comparaît devant la chambre de justice réunie à l’Arsenal. Le procureur général demande la potence. Dans Paris, Mme de Sévigné compte les voix.

Ce vendredi-là, Olivier d’Ormesson arrive à l’Arsenal avant neuf heures. Douze mousquetaires gardent la première porte, mais laissent entrer tout le monde. Dans la chambre voisine de la salle d’audience, le procureur général lui remet ses conclusions sous pli cacheté : que Nicolas Fouquet soit « pendu et étranglé jusqu’à ce que mort s’ensuive, en une potence qui, pour cet effet, sera dressée en la cour du Palais », et qu’il rende au roi tout ce qu’il a détourné. Puis on fait venir l’accusé. Il est détenu à la Bastille, toute proche ; on l’a amené en chaise, à travers le jardin. D’Artagnan, qui le garde depuis son arrestation, le fait entrer. Fouquet s’incline devant le chancelier Séguier et salue les juges ; aucun ne lui rend son salut. On a préparé plusieurs sièges ; il s’assied sur la sellette commune, celle des accusés ordinaires, et refuse de prêter serment. Ancien procureur général au Parlement, il ne reconnaît pas ces juges choisis par le roi. On lui a même refusé la robe longue de magistrat : il comparaît en habit court de drap noir.

Gravure : portrait en buste de Nicolas Fouquet, cheveux longs, rabat blanc, dans un médaillon ovale au-dessus de ses armes

Trois ans plus tôt, il était le maître des finances du royaume. Surintendant sous Mazarin, il a fait vivre l’État en guerre avec l’argent des financiers et le sien, avancé contre les recettes à venir ; prêteur et ordonnateur des dépenses à la fois, il s’est enrichi au passage, comme tous ceux qui maniaient alors les fonds du roi. À la mort de Mazarin, Louis XIV veut gouverner seul, et Colbert lui fournit le dossier ; il écrivait dès 1659 que les finances avaient « grand besoin d’une chambre de justice sévère et rigoureuse ». Le 5 septembre 1661, à Nantes, d’Artagnan arrête le surintendant. Une chambre de justice est créée à la fin de l’année. Après avoir siégé au Palais, elle s’installe à l’Arsenal en mai 1663, et Fouquet passe de Vincennes à la Bastille sous l’escorte de trois cents mousquetaires.

Il n’est pas seul visé. La chambre poursuit tous les traitants, ces financiers qui avancent l’argent de l’État et se remboursent sur la levée des impôts. Quand elle est dissoute, en 1669, ses amendes, restitutions et confiscations dépassent cent dix millions de livres ; elles ont frappé plus de cinq cents personnes, dont certaines ont dû payer jusqu’à deux ou trois millions. La monarchie règle ses dettes en mettant ses créanciers en accusation. Le procès de Fouquet en est la vitrine.

Paris le suit jour après jour. Mme de Sévigné, amie du surintendant, écrit à leur ami Pomponne : « Aujourd’hui lundi 17e novembre, M. Foucquet a été pour la seconde fois sur la sellette. » Le chancelier lui reproche de répondre à une chambre qu’il ne reconnaît pas : « vous voilà sur la sellette ». Fouquet : « Il est vrai, Monsieur, […] j’y suis ; mais je n’y suis pas par ma volonté ; on m’y mène. » Le 27 novembre, des amies l’emmènent dans une maison qui regarde droit dans l’Arsenal, pour le voir revenir d’audience. « J’étois masquée », raconte-t-elle. « M. d’Artagnan étoit auprès de lui ; cinquante mousquetaires derrière, à trente ou quarante pas. » Les jambes lui tremblent, le cœur lui bat « si fort, que je n’en pouvois plus ». D’Artagnan pousse son prisonnier pour lui montrer les dames. Fouquet les salue, avec « cette mine riante que vous connoissez », puis rentre dans « cette petite porte ».

Peinture : portrait d’une jeune femme aux cheveux blonds bouclés, en robe de soie décolletée, sur fond sombre

Les audiences durent un mois. Le rapporteur Olivier d’Ormesson conclut au bannissement ; son collègue Sainte-Hélène, « très-indigne » selon la marquise, à la mort. Le samedi 20 décembre, les juges votent. « Louez Dieu, Monsieur, et le remerciez : notre pauvre ami est sauvé. Il a passé de treize à l’avis de M. d’Ormesson, et neuf à celui de Sainte-Hélène. » La joie ne dure pas. Louis XIV change le bannissement en prison perpétuelle ; selon Racine, il aurait dit : « S’il avoit été condamné à mort, je l’aurois laissé mourir. » Le 22 décembre, Fouquet part pour la forteresse de Pignerol, en Piémont. Il y meurt en 1680 et sera inhumé l’année suivante au couvent de la Visitation, rue Saint-Antoine. Ses juges paient aussi. D’Ormesson ne fera plus carrière. Sainte-Hélène meurt subitement dans son carrosse en 1666, rue Saint-Antoine, en passant devant la Bastille.

Gravure : portrait d’Olivier Lefèvre d’Ormesson, magistrat en robe et rabat, dans un médaillon ovale au-dessus de ses armes

L’Arsenal garde le goût des procès d’exception. En 1674, une commission y juge le chevalier de Rohan, qui avait comploté de soulever la Normandie ; il est décapité devant la Bastille le 27 novembre. De 1679 à 1682, la Chambre ardente de l’affaire des Poisons y tient 210 séances, juge 442 accusés et en envoie 36 au supplice. Le palais abrite aujourd’hui une bibliothèque, au 1 rue de Sully : celle qui conserve les archives de la Bastille.

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