L'incendie de l'ambassade d'Autriche : la fête de noces de Napoléon finit en cendres

Cité d'Antin/Hôtel de Montesson/Ambassade d'Autriche (tentes installées 5-7 rue La Fayette)

 61 rue de Provence - 9e arr. (emplacement)

Incendie de l'ambassade d'Autriche à Paris (1810)

Il avait épousé une archiduchesse pour consolider son empire. Le bal donné en leur honneur tua plusieurs dizaines d'invités.

En décembre 1809, Napoléon avait divorcé de Joséphine — stérile, selon lui. En avril 1810, il épousait Marie-Louise d'Autriche, fille de l'Empereur François Ier d'Autriche, son ennemi d'hier. Mariage dynastique : il s'agissait de légitimer l'Empire en s'alliant à la plus vieille maison régnante d'Europe. L'Autriche venait d'être battue à Wagram. Elle offrait sa fille.

Le prince Karl von Schwarzenberg, ambassadeur d'Autriche à Paris, donne le 1er juillet 1810 un grand bal en l'honneur du couple impérial. On a construit dans les jardins de l'hôtel de Montesson — rue du Mont-Blanc, aujourd'hui rue de la Chaussée-d'Antin — de vastes tentes provisoires dessinées par l'architecte Bénard : lambrissées, tendues de mousseline blanche, éclairées par des centaines de bougies. Douze cents invités. L'élite de l'Empire, les ambassadeurs des cours alliées, la famille des maréchaux.

Vers onze heures du soir, une tenture prend feu au contact d'un candélabre. Le tissu s'embrase, les mâts s'effondrent, la toile brûlante retombe sur les invités. La panique est immédiate. Les portes étroites ne permettent pas d'évacuer rapidement une foule de cette densité. On se piétine. On brûle.

Napoléon était présent ; il put s'échapper. Le bilan est difficile à établir : Marie-Louise écrit à son père qu'il y eut « une vingtaine de morts » ; Léonce Grasilier nota qu'on dénombra au moins quatre-vingt-dix convois funèbres quittant l'ambassade dans les jours suivants. Parmi les victimes identifiées : la princesse Pauline d'Arenberg, belle-sœur de Schwarzenberg, brûlée vive. Napoléon fit tenir la presse pour minimiser l'ampleur de la catastrophe — il craignait qu'on y voie un présage.

L'incendie eut une conséquence durable : par décret impérial du 18 septembre 1811, Napoléon créa le bataillon des sapeurs-pompiers de Paris, troupe militaire spécialisée dans la lutte contre les incendies. Elle existe encore.

Schwarzenberg lui-même commanda en 1813 les forces de la coalition alliée. À Leipzig, en octobre, ses armées infligèrent à Napoléon la défaite qui scella sa chute. L'ambassadeur du bal avait fini chef de guerre.