« Si je n’avais pas négligé de fermer un verrou, le cardinal était perdu. » Marie de Médicis a oublié une porte : par elle, Richelieu revient au pouvoir, et c’est elle qui part en exil.
En 1630, la France n’est pas encore entrée dans la guerre de Trente Ans, mais le cardinal de Richelieu, principal ministre de Louis XIII, conseille de s’allier aux princes protestants d’Allemagne contre les Habsbourg catholiques, qui règnent sur l’Empire et sur l’Espagne. Cette politique révolte le parti des dévots, qui fait passer la foi avant la raison d’État. À sa tête : la reine mère, Marie de Médicis, et le garde des sceaux, Michel de Marillac. Marie avait fait entrer Richelieu au Conseil en 1624 ; elle ne lui pardonne pas ce qu’elle tient pour une trahison, et réclame son renvoi.
Le roi a failli mourir. À Lyon, en septembre, une dysenterie l’a mis si bas qu’on lui a donné l’extrême-onction le 27, jour de son anniversaire ; il en réchappe, et la cour rentre à Paris pour l’hiver. Marie de Médicis y habite le palais qu’elle s’est fait construire, le Luxembourg. Juste à côté, rue de Vaugirard, se trouve l’ancien hôtel des ducs de Piney, le Petit Luxembourg : elle l’a donné en 1627 au cardinal, alors son protégé.
Le samedi 9 novembre, au Luxembourg, Louis XIII annonce à sa mère qu’il garde son ministre. Elle entre dans une colère noire, accable d’injures la nièce du cardinal, Mme de Combalet, qui sort en larmes, et retire à Richelieu ses charges dans sa maison. Le roi quitte le palais sans un mot ni un regard pour le cardinal, qui se croit perdu et songe à se retirer à Brouage.
Le dimanche 10, Marie reprend l’offensive et exige que Marillac remplace Richelieu. Elle a fait fermer les portes pour empêcher le cardinal d’entrer. Mais un passage relie le Petit Luxembourg au palais : Richelieu surgit dans la salle, à la stupeur du roi et de sa mère. « Je gagerai que Leurs Majestés parlent de moi ? » La reine lui reproche son ingratitude et lui ordonne de ne plus jamais paraître devant elle. Le cardinal s’agenouille en larmes et baise le bas de sa robe. « Préférez-vous un laquais à votre propre mère ? », lance-t-elle à son fils. Louis XIII part pour son relais de chasse de Versailles sans un regard pour Richelieu, qui regagne le Petit Luxembourg et se prépare à sa disgrâce. Chez la reine mère, on se félicite déjà.
Le soir même, pourtant, le roi fait venir le cardinal à Versailles. Au cours d’un long entretien, il lui déclare : « Je suis plus attaché à mon État qu’à ma mère. » Il refuse sa démission et l’embrasse en le quittant. Le lundi 11, la foudre tombe sur les dévots : Michel de Marillac est arrêté et mourra en prison en 1632 ; son frère, le maréchal Louis de Marillac, sera exécuté la même année ; le maréchal de Bassompierre est enfermé à la Bastille jusqu’à la mort de Richelieu. Marie de Médicis, reléguée à Compiègne en février 1631, s’en échappe en juillet pour les Pays-Bas espagnols — son fils a fait retirer les gardes — et mourra en exil en 1642. Devant un tel retournement, le poète Guillaume Bautru s’écrie : « C’est la journée des Dupes ! »

Richelieu léguera le Petit Luxembourg à sa nièce, Mme de Combalet, devenue duchesse d’Aiguillon. L’hôtel est depuis 1825 la résidence du président du Sénat.