Cocarde royale et de la Liberté, le 17 juillet 1789.
Musée Carnavalet
Le 17 juillet 1789, Paris prépara deux choses : une cocarde tricolore pour le roi, et un carrosse vide pour son frère le comte d'Artois.
Trois jours après la prise de la Bastille, Louis XVI monte en carrosse pour Paris. Ce n'est pas une visite de triomphe — c'est une capitulation soigneusement enveloppée dans un protocole. Au quai de la Seine, près de la barrière de la Conférence (l'actuel quai de la Conférence, dans l'axe de l'avenue de New York), vingt-cinq membres du Conseil municipal l'accueillent et lui remettent les clefs de la capitale. Geste millénaire — mais pour la première fois, le roi des Français les reçoit d'une ville en armes.
Le cortège remonte vers l'Hôtel de Ville. Jean-Sylvain Bailly — astronome, maire tout juste élu — attend sur le parvis. Il présente au roi la cocarde tricolore : le bleu et le rouge de la ville de Paris encadrant le blanc des Bourbon. Louis XVI la prend, la pique sur son chapeau. La foule exulte.
Le roi a mis la cocarde. Il a reconnu — en apparence du moins — la révolution qui l'a pris par surprise. Rentré à Versailles le soir même, il continuera à tergiverser, à jouer sur tous les tableaux, à espérer un retournement. Ce que le geste du 17 juillet signifiait réellement, chacun pouvait l'interpréter à sa guise.
Pendant que Louis XVI coiffait sa cocarde à l'Hôtel de Ville, son frère cadet Charles-Philippe, comte d'Artois — futur Charles X, ennemi déclaré de toute idée de constitution — quittait Paris pour ne plus y revenir de sitôt. Il prit la route de Turin avec les princes de Condé et quelques fidèles. Premier grand émigré de la Révolution, il ne remit les pieds en France qu'en 1814, derrière les armées alliées, une Restauration dans les bagages.
Elle dura seize ans. En juillet 1830, son entêtement ultra-royaliste provoqua les Trois Glorieuses qui l'expulsèrent du trône. Paris, le 17 juillet 1789, avait imposé sa cocarde à Louis XVI. En 1830, il enlèverait la couronne à son frère.