Marat, acquitté par le Tribunal révolutionnaire, est porté en triomphe jusque dans l'Assemblée

Palais de Justice/Grand'Chambre du Parlement de Paris/Siège du Tribunal révolutionnaire/Salle de la Liberté (aujourd'hui 1ère chambre)

Marat est acquitté par le Tribunal révolutionnaire, Carnavalet

La Convention avait voulu l'abattre. Le Tribunal le renvoie libre. Le peuple le porte sur ses épaules — couronné de lauriers, comme un César des faubourgs.

Le 24 avril 1793, Jean-Paul Marat entre dans la Grand'Chambre du Palais de Justice, reconvertie en Salle de la Liberté depuis que le Tribunal révolutionnaire y siège. Il est accusé d'incitation au meurtre, au pillage et à la dissolution de la Convention nationale. Onze jours plus tôt, le 13 avril, les Girondins ont obtenu son décret d'accusation — leur coup le plus audacieux contre la Montagne. Marat s'est d'abord caché, puis s'est constitué prisonnier la veille, le 23. Il se présente devant ses juges avec le calme de celui qui sait que le vent souffle dans son dos.

Le procès est expédié. Fouquier-Tinville, l'accusateur public, ne charge pas. Les juges acquittent à l'unanimité. La salle éclate. Les tribunes, remplies de sans-culottes, envahissent le prétoire. On hisse Marat sur un fauteuil, on le couronne de lauriers, on le porte sur les épaules à travers les rues de la Cité jusqu'aux Tuileries, où siège la Convention.

La Gironde piégée
L'acquittement de Marat est un désastre pour les Girondins. En demandant sa mise en accusation, ils pensaient l'éliminer de la scène politique — ils l'ont au contraire transformé en martyr vivant. Le cortège triomphal qui traverse Paris ce 24 avril est une démonstration de force des sections populaires : les faubourgs montrent à la Convention qui tient la rue.

Marat entre dans la salle des séances porté par la foule, couronné, acclamé. Les Montagnards applaudissent. Les Girondins se taisent. Le président de séance est contraint de saluer l'acquitté. La scène est d'une violence symbolique considérable : un homme que l'Assemblée a décrété d'accusation y revient en triomphateur, porté par le peuple souverain par-dessus la tête des législateurs.

Six semaines plus tard, le 2 juin, les sections parisiennes encerclent la Convention et obtiennent l'arrestation de vingt-neuf députés girondins. Le triomphe de Marat en était la répétition générale.

Marat lui-même ne profitera pas longtemps de sa victoire. Le 13 juillet, Charlotte Corday le poignarde dans sa baignoire, rue des Cordeliers. Mais le 24 avril reste l'un des moments les plus théâtraux de la Révolution — le jour où la souveraineté populaire s'est imposée physiquement dans l'enceinte de la représentation nationale.
 

Le triomphe de Marat

Le triomphe de Marat