Le 13 avril 1793, dans la salle du Manège des Tuileries, rue de Rivoli, la Convention nationale met en accusation Jean-Paul Marat pour appel à la guerre civile. Deux cent vingt-six députés votent pour, quatre-vingt-treize contre. L'Ami du peuple sera traduit devant le Tribunal révolutionnaire, celui-là même qu'il a contribué à créer.
L'affaire est politique. Marat, élu de Paris, hérisse la Gironde depuis des mois. Il appelle dans son journal à l'insurrection contre les « complices de Dumouriez », réclame qu'on purge la Convention de ses traîtres, signe comme président des Jacobins une circulaire appelant les départements à se soulever. Pour les Girondins, c'est l'occasion de faire tomber l'homme qui incarne tout ce qu'ils détestent — la violence populaire, la rue qui dicte sa loi à l'Assemblée, la Montagne qui ne recule devant rien.
Marat se cache quelques jours, puis se constitue prisonnier le 23 avril. Le procès tourne au triomphe. Le Tribunal révolutionnaire l'acquitte le 24 avril. Il est porté en cortège depuis le Palais de Justice jusqu'à la Convention, couronné de lauriers, acclamé par la foule. La gravure de l'époque montre le peuple portant Marat sur ses épaules, traversant les rues de Paris comme un César plébéien.
Pour les Girondins, c'est une défaite irréversible. Six semaines plus tard, le 2 juin, la Convention les proscrit. Marat, lui, n'en profitera guère — Charlotte Corday l'assassine dans sa baignoire le 13 juillet, trois mois jour pour jour après sa mise en accusation.