Mort du docteur Guillotin dans son cabinet médical ; il se trouvait sur le trajet des convois vers l'instrument qui, à son grand désespoir, portait son nom, alors qu'il ne l'avait promu que pour soulager les souffrances des condamnés.
Joseph Ignace Guillotin meurt le 26 mars 1814 dans son cabinet médical du 209 rue Saint-Honoré, à soixante-quinze ans, de causes naturelles — ironie supplémentaire pour un homme dont le nom est devenu synonyme de décapitation.
Ce qu'on oublie souvent : Guillotin n'a pas inventé la guillotine. Il a plaidé, devant l'Assemblée constituante en 1789, pour que tous les condamnés à mort soient exécutés de la même façon — une machine rapide et indolore, sans égard pour la naissance ou la fortune. Jusqu'alors, les nobles avaient droit à la décapitation par l'épée, les roturiers à la potence ou à la roue. Guillotin voulait l'égalité jusque dans la mort. C'était un geste humaniste.
La machine fut mise au point par le docteur Louis — on l'appela d'abord la louisette. Puis l'usage fit le reste, et le nom de Guillotin s'imposa. Il ne s'en remit jamais. Sa famille, après sa mort, demanda sans succès que l'instrument soit rebaptisé. Faute d'obtenir satisfaction, ses descendants changèrent leur propre nom.
La cruelle particularité de son adresse rue Saint-Honoré — que Philippe avait relevée dans sa fiche — est que son cabinet se trouvait sur le trajet des charrettes conduisant les condamnés depuis la Conciergerie jusqu'à la place de la Révolution. Guillotin voyait passer, depuis ses fenêtres, les convois vers l'instrument qui portait son nom.