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13 juillet 1533
Événement

Pierre Viole pose la première pierre de l'Hôtel de Ville, truelles d'argent en main

Hôtel du Boccador/Hôtel de Ville
Pierre Viole pose la première pierre de l'Hôtel de Ville, truelles d'argent en main
François Ier pose la première pierre de l'Hôtel de Ville. Fusain de Frédéric Adolphe Yvon. Petit Palais.

Le 15 juillet 1533, sur la place de Grève, une truelle d'argent scelle la première pierre du futur Hôtel de Ville — tenue non par le roi, quoi qu'en disent les tableaux, mais par un magistrat en robe.

Ce jour-là, la place de Grève est en fête. Fifres, tambourins, trompettes et clairons ; l'artillerie tonne à plusieurs dizaines de reprises ; les cloches de Saint-Jean-en-Grève, du Saint-Esprit et de Saint-Jacques-la-Boucherie sonnent à toute volée. Le vin coule sur le pavé de sable, et la foule crie « Vive le roi et messieurs de la ville ». Au centre du tumulte, Pierre Viole, prévôt des marchands, et les quatre échevins — Gervais Larcher, Jacques Boursier, Claude Daniel et Jean Barthélemy — s'avancent, chacun une truelle d'argent à la main. Ils étendent le sable et la chaux sur une pierre qui recouvre une plaque de cuivre gravée : au milieu les armes de France, de part et d'autre celles de la Ville, et une inscription latine qui fixe la date.

Le roi, lui, n'y est pas. C'est là toute l'ironie de la scène. Trois siècles plus tard, le peintre Frédéric Yvon représentera François Ier posant la première pierre de l'Hôtel de Ville — toile que conserve aujourd'hui le Petit Palais, avec une variante au musée Carnavalet. La Ville a préféré l'image du souverain à celle de ses propres magistrats. Mais la pierre fut posée par le prévôt des marchands et ses échevins : l'acte fondateur d'un hôtel de ville est d'abord un acte municipal.

Pourquoi ce chantier ? Depuis 1357, l'administration parisienne siégeait dans la Maison aux Piliers, sur la Grève, acquise par le prévôt Étienne Marcel. Deux siècles plus tard, la bâtisse menaçait ruine. En 1529, les officiers municipaux obtiennent de François Ier l'autorisation d'élever à la place un véritable palais Renaissance. Les plans reviennent à l'Italien Dominique de Cortone, dit Boccador — surnom qu'on lui prête pour sa barbe blonde —, la maîtrise d'œuvre étant partagée avec le Parisien Pierre Chambiges. Un palais à l'italienne au bord de la Seine : l'ambition était neuve.

Elle fut lente à se réaliser. Viole, ses échevins, Boccador : tous moururent bien avant de voir l'édifice achevé. Il fallut près d'un siècle. L'aile sud s'éleva sous François Ier et ses successeurs ; l'aile nord ne fut terminée que vers 1628, sous Louis XIII. Un hôtel de ville qui met quatre-vingt-quinze ans à sortir de terre en dit long sur la patience des bâtisseurs — et sur les finances de la Ville.

Il n'en reste rien. Le 24 mai 1871, dans les derniers jours de la Commune, les communards incendient l'Hôtel de Ville tandis que les troupes versaillaises reprennent Paris quartier par quartier. Le palais de Boccador brûle avec ses archives et sa bibliothèque. On le reconstruira de 1873 à 1882, à l'identique mais agrandi, sous la direction de Théodore Ballu et Édouard Deperthes. L'édifice que l'on admire aujourd'hui est cette réplique tardive : la pierre de Viole et sa plaque de cuivre ont disparu dans les flammes.

Reste le nom du sol. On appelait cet endroit la Grève — une plage de sable et de gravier au bord du fleuve, où les sans-travail venaient guetter l'embauche, d'où nos expressions « être en grève », « faire grève ». Rebaptisée place de l'Hôtel-de-Ville en 1803, la Grève avait été tour à tour port, lieu de fête et lieu de supplices. Que ce théâtre du pouvoir municipal ait fini réduit en cendres par une insurrection ouvrière n'aura pas échappé à Marx : dans La Guerre civile en France, il fait de la Commune la tentative de la classe ouvrière de reprendre à son compte une machine d'État jusque-là dressée contre elle.