Cérémonie de l'inauguration de la colonne de juillet, 1840.
Le 27 juillet 1831, Louis-Philippe posa la première pierre d'une colonne pour célébrer la révolution qui l'avait fait roi. C'était exactement un an après le premier jour des combats. Les morts de Juillet attendaient toujours une sépulture.
La révolution de Juillet 1830 avait renversé Charles X et porté Louis-Philippe sur un trône constitutionnel. Ses artisans — journalistes, républicains, ouvriers des barricades — avaient voulu une république ; ils eurent une monarchie. Les cinq cent quatre-vingt-quatre morts des Trois Glorieuses méritaient au moins un monument.
La place de la Bastille fut choisie. Sur l'emplacement de la forteresse détruite en 1789, une colonne de bronze de cinquante-deux mètres s'élèverait, surmontée d'un Génie de la Liberté aux ailes dorées. Les architectes Jean-Antoine Alavoine et Joseph-Louis Duc dirigèrent les travaux ; le sculpteur Antoine-Louis Barye conçut les lions couchés qui garderaient la base.
Louis-Philippe posa la première pierre le 27 juillet 1831, premier anniversaire du premier jour des Trois Glorieuses. Le choix de la date était délibéré : montrer que la Monarchie de Juillet honorait la révolution dont elle était issue. Les corps des combattants de 1830 furent inhumés dans les cryptes de la colonne.
Elle ne fut inaugurée que le 28 juillet 1840 — dix ans après la révolution. Entre-temps, Louis-Philippe avait gouverné sans tenir les promesses de 1830. Lorsque la révolution de Février 1848 éclata, il s'enfuit en Angleterre. Ses successeurs ajoutèrent dans les cryptes les morts de la révolution de Février.
La Colonne de Juillet est toujours là, place de la Bastille. Le Génie de la Liberté tient dans ses mains une torche et une chaîne brisée. Ni l'une ni l'autre n'avait grand-chose à voir avec la Monarchie de Juillet.