L’occupant a interdit de célébrer le 11 novembre. Des milliers de lycéens et d’étudiants montent quand même à l’Étoile, aux cris de « Vive de Gaulle ! ».
L’automne 1940 est celui de la défaite. Paris est occupé depuis juin, et le 24 octobre, à Montoire, la poignée de main entre Pétain et Hitler a scellé la collaboration. Pour bien des jeunes, quelle que soit leur sensibilité politique, c’est une désillusion. Au Quartier latin, on trace des « V » sur les murs, on crie « Vive de Gaulle » dans les couloirs du métro, on porte une petite croix de Lorraine au cou. Le commandement allemand prohibe toute commémoration de l’armistice de 1918, « souvenir insultant pour le Reich » ; Vichy s’incline et fait du 11 novembre un jour de travail ordinaire. Depuis Londres, sur la BBC, de Gaulle appelle au contraire les Français à célébrer l’anniversaire de la victoire.

Le 11 novembre 1940, dès 5 h 30, trois membres du réseau du musée de l’Homme déposent au pied de la statue de Clemenceau, au bas des Champs-Élysées, une gerbe accompagnée d’une carte de visite d’un mètre de long : « Le général de Gaulle à l’organisateur de la victoire ». Toute la journée, des Parisiens défilent devant la tombe du Soldat inconnu. À partir de seize heures, lycéens et étudiants convergent vers l’Étoile ; ceux de Janson-de-Sailly arrivent en cortège avec une gerbe de deux mètres en forme de croix de Lorraine. Ils sont bientôt trois à cinq mille sur la place et sur l’avenue. On chante « La Marseillaise », on crie « Vive la France ! » et surtout « Vive de Gaulle ! » ; quelques-uns brandissent deux cannes à pêche, deux « gaules ».
Vers dix-huit heures, sur ordre de la Kommandantur, la Wehrmacht intervient avec une grande violence. Des camions encerclent l’Étoile, des mitrailleuses sont mises en batterie, les soldats chargent à la baïonnette et à coups de crosse. Puis des coups de feu éclatent : « Trois fois j’ai entendu tirer des mitraillettes », note l’écrivain Jean Guéhenno. On relève une quinzaine de blessés, dont cinq graves. Plus de deux cents jeunes gens sont arrêtés et conduits à la Santé, au Cherche-Midi ou à Fresnes ; cent quarante-trois sont encore détenus le 17 novembre. Dès le 12, l’occupant a fait fermer tous les établissements d’enseignement supérieur de Paris.

C’est l’un des tout premiers actes publics de résistance en France occupée. Au 156, avenue des Champs-Élysées, à l’angle de la place de l’Étoile, une plaque inaugurée par le président René Coty le 11 novembre 1954 le rappelle : devant la tombe de l’Inconnu, « les étudiants de France, manifestant en masse, les premiers résistèrent à l’occupant ».
Texte rédigé avec l’aide de l’IA, relu et corrigé par la rédaction.