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Planté au sommet des Champs-Élysées, au centre de la place de l'Étoile — rebaptisée place Charles-de-Gaulle —, l'Arc de triomphe est l'un des monuments les plus chargés de l'histoire parisienne. Commandé par Napoléon Ier en 1806 pour glorifier ses armées, il ne fut achevé qu'en 1836 sous Louis-Philippe. Ses dimensions colossales (cinquante mètres de haut) en font à la fois un symbole de puissance et une scène naturelle pour les grandes convulsions politiques.

Deux mois avant les massacres de juin 1848, c'est ici que se déploie la farce tragique de la « Fête de la Fraternité » : 200 000 hommes — Garde nationale, garde mobile, troupes de ligne — défilent dans une union nationale de façade. En 1871, le monument devient un enjeu militaire concret : les Fédérés y creusent des fossés et hissent une batterie d'obusiers sur sa plate-forme, sous la direction de Lalance et Augustin Avrial, pour empêcher les Prussiens d'y parader. Les versaillais tirent dessus. Puis, lors de la Semaine sanglante, le général Gaston de Galliffet fait fusiller au pied de l'Arc 82 combattants de la Commune, dont vingt pompiers et douze femmes.

Le monument a aussi ses heures de deuil solennel : en 1885, le catafalque de Victor Hugo y est exposé une nuit entière, veillé par une foule immense — une cérémonie dont Charles Garnier organisa le décor. En décembre 2018, les Gilets jaunes s'y retrouvent trois samedis de suite, jusqu'au saccage du 1er décembre où la statue de la Marianne du relief de Rude est brisée.

Noms successifs du lieu

  • 1806 Pose de la première pierre par Napoléon Ier : Arc de triomphe de l'Étoile
  • 1836 Inauguration par Louis-Philippe — monument ouvert au public
  • 1871 Position militaire des Fédérés : batterie d'obusiers sur la plate-forme, fossés anti-cavalerie
  • 1885 Chapelle ardente de Victor Hugo sous la voûte
  • 1920 Inhumation du Soldat inconnu sous la voûte — flamme du souvenir allumée en 1923
  • Aujourd'hui Monument national, tombeau du Soldat inconnu, musée interne, terrasse panoramique

Événements à cette adresse

14 événements · 1806 — 2018
Arc de Triomphe — intrusion dans le monument, statue de la Marianne du relief de Rude brisée
Le samedi 1er décembre 2018, Paris connaît la journée la plus violente de son histoire récente. Dès le milieu de la matinée, la place Charles-de-Gaulle et les avenues qui en rayonnent deviennent le théâtre…

Le samedi 1er décembre 2018, Paris connaît la journée la plus violente de son histoire récente. Dès le milieu de la matinée, la place Charles-de-Gaulle et les avenues qui en rayonnent deviennent le théâtre d'affrontements continus entre Gilets jaunes, groupes de casseurs et forces de l'ordre. Autour de midi, les CRS abandonnent le périmètre immédiat de l'Arc de Triomphe devant la violence des charges.

Pour la première fois depuis la Libération, le monument est pris d'assaut. Des manifestants pénètrent dans l'Arc, dégradent le bureau du personnel, vandalisent la billetterie et brisent des éléments du musée intérieur. Dehors, la statue de la Marseillaise de François Rude — dite « le Génie de la Patrie » — est mutilée : le visage de la Liberté est brisé, partie emportée à coups de marteau. Des tags couvrent les colonnes du monument, dont le désormais célèbre « Les Gilets jaunes triompheront » et « Macron démission ». Pour la deuxième fois de son histoire, la tombe du Soldat inconnu est profanée, de même que la flamme qui s'éteint sous l'effet des gaz lacrymogènes.

Autour, le quartier est ravagé : voitures brûlées, vitrines défoncées de la banque HSBC à celle du Printemps Haussmann, barricades enflammées avenue Kléber et sur les Champs-Élysées. Le bilan parisien s'élève à 263 blessés et 412 interpellations. L'Arc de Triomphe ferme ses portes pour plusieurs semaines ; le coût des dégradations est estimé à plus d'un million d'euros. Cette journée provoque le discours télévisé du président de la République le 10 décembre et l'annonce de mesures sociales d'urgence, dont la prime exceptionnelle d'activité et la hausse anticipée du SMIC.

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Arc de Triomphe — 8e arr.
Périmètre bouclé autour de l'Arc de Triomphe
Une semaine après l'acte I, le samedi 24 novembre 2018 constitue le véritable basculement parisien du mouvement. Face à l'ampleur des cortèges, le dispositif policier cède et laisse les manifestants pénétrer sur l'avenue…

Une semaine après l'acte I, le samedi 24 novembre 2018 constitue le véritable basculement parisien du mouvement. Face à l'ampleur des cortèges, le dispositif policier cède et laisse les manifestants pénétrer sur l'avenue des Champs-Élysées, qui devient pour la première fois depuis mai 1968 un champ de bataille urbain. Des barricades sont dressées et incendiées, du mobilier urbain arraché, des vitrines fracassées. Les grilles de chantier sont transformées en boucliers, les pavés rebaptisés « munitions ».

Le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner parle de « séditieux » venus « pour prendre l'Élysée ». Le bilan parisien s'élève à 24 blessés et 101 interpellations, chiffres modestes au regard de la violence visuelle qui se diffuse dans le monde entier. Pour beaucoup d'observateurs, c'est ce samedi-là que la contestation bascule d'un mouvement de ronds-points en province vers une confrontation frontale avec le pouvoir à Paris.

Les images de l'acte II, relayées en boucle par les chaînes d'information continue, paralysent l'Exécutif. Le gouvernement annonce dès le lendemain une mission d'information et des consultations, tout en refusant de renoncer à la hausse des taxes sur les carburants — ce qui prépare mécaniquement l'escalade du samedi suivant.

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Arc de Triomphe — 8e arr.
Rassemblement sous l'Arc de Triomphe en fin de journée
Le samedi 17 novembre 2018, un mouvement né sur les réseaux sociaux contre la hausse de la taxe carbone sur les carburants prend corps dans toute la France. À Paris, les premiers rassemblements ont lieu dès l'aube à la…

Le samedi 17 novembre 2018, un mouvement né sur les réseaux sociaux contre la hausse de la taxe carbone sur les carburants prend corps dans toute la France. À Paris, les premiers rassemblements ont lieu dès l'aube à la porte Maillot, où quelques centaines de manifestants en gilet de haute visibilité bloquent le boulevard périphérique. En début d'après-midi, plusieurs dizaines d'entre eux gagnent la place Charles-de-Gaulle et descendent l'avenue des Champs-Élysées.

La journée reste relativement contenue dans la capitale au regard de ce qui adviendra les semaines suivantes, mais le choix symbolique des Champs-Élysées — artère du pouvoir, vitrine du luxe, lieu des défilés nationaux — signe d'emblée la géographie du conflit. Partout en France, près de 290 000 personnes participent à cette première journée, et un manifestant est tué en Savoie par une automobiliste paniquée devant un barrage. À Paris, les forces de l'ordre tentent de contenir la foule autour de l'Étoile sans parvenir à empêcher les premiers heurts.

L'acte I marque l'entrée sur la scène politique d'une contestation sans leader ni structure, fédérée par un vêtement obligatoire dans les voitures depuis 2008. Dans les jours qui suivent, la décision du gouvernement de maintenir la hausse de taxes prévue pour janvier 2019 transforme ces premiers rendez-vous en cycle hebdomadaire.

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Personnage(s) : Emmanuel Macron
Arc de Triomphe — 8e arr.
Place de l'Étoile
L’occupant a interdit de célébrer le 11 novembre. Des milliers de lycéens et d’étudiants montent quand même à l’Étoile, aux cris de « Vive de Gaulle ! ». L’automne 1940 est celui de la défaite. Paris est occupé depuis…

L’occupant a interdit de célébrer le 11 novembre. Des milliers de lycéens et d’étudiants montent quand même à l’Étoile, aux cris de « Vive de Gaulle ! ».

L’automne 1940 est celui de la défaite. Paris est occupé depuis juin, et le 24 octobre, à Montoire, la poignée de main entre Pétain et Hitler a scellé la collaboration. Pour bien des jeunes, quelle que soit leur sensibilité politique, c’est une désillusion. Au Quartier latin, on trace des « V » sur les murs, on crie « Vive de Gaulle » dans les couloirs du métro, on porte une petite croix de Lorraine au cou. Le commandement allemand prohibe toute commémoration de l’armistice de 1918, « souvenir insultant pour le Reich » ; Vichy s’incline et fait du 11 novembre un jour de travail ordinaire. Depuis Londres, sur la BBC, de Gaulle appelle au contraire les Français à célébrer l’anniversaire de la victoire.

Tract dactylographié appelant à manifester
Tract communiste contre l’arrestation du physicien Paul Langevin par la Gestapo, le 30 octobre 1940, qui appelle à manifester le 11 novembre (La Contemporaine) — Auteur inconnu — La Contemporaine (CC0, Wikimedia Commons)

Le 11 novembre 1940, dès 5 h 30, trois membres du réseau du musée de l’Homme déposent au pied de la statue de Clemenceau, au bas des Champs-Élysées, une gerbe accompagnée d’une carte de visite d’un mètre de long : « Le général de Gaulle à l’organisateur de la victoire ». Toute la journée, des Parisiens défilent devant la tombe du Soldat inconnu. À partir de seize heures, lycéens et étudiants convergent vers l’Étoile ; ceux de Janson-de-Sailly arrivent en cortège avec une gerbe de deux mètres en forme de croix de Lorraine. Ils sont bientôt trois à cinq mille sur la place et sur l’avenue. On chante « La Marseillaise », on crie « Vive la France ! » et surtout « Vive de Gaulle ! » ; quelques-uns brandissent deux cannes à pêche, deux « gaules ».

Vers dix-huit heures, sur ordre de la Kommandantur, la Wehrmacht intervient avec une grande violence. Des camions encerclent l’Étoile, des mitrailleuses sont mises en batterie, les soldats chargent à la baïonnette et à coups de crosse. Puis des coups de feu éclatent : « Trois fois j’ai entendu tirer des mitraillettes », note l’écrivain Jean Guéhenno. On relève une quinzaine de blessés, dont cinq graves. Plus de deux cents jeunes gens sont arrêtés et conduits à la Santé, au Cherche-Midi ou à Fresnes ; cent quarante-trois sont encore détenus le 17 novembre. Dès le 12, l’occupant a fait fermer tous les établissements d’enseignement supérieur de Paris.

Plaque de bronze scellée dans le sol
Sous l’Arc de triomphe, près de la tombe du Soldat inconnu, une autre plaque rend hommage « aux lycéens et étudiants de France qui défièrent l’armée d’occupation nazie le 11 novembre 1940 au péril de leur vie » — Tangopaso — domaine public (Wikimedia Commons)

C’est l’un des tout premiers actes publics de résistance en France occupée. Au 156, avenue des Champs-Élysées, à l’angle de la place de l’Étoile, une plaque inaugurée par le président René Coty le 11 novembre 1954 le rappelle : devant la tombe de l’Inconnu, « les étudiants de France, manifestant en masse, les premiers résistèrent à l’occupant ».

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Arc de Triomphe — 8e arr.
Arc de Triomphe — 8e arr.
Arc de triomphe de l'Étoile
Le 11 novembre 1920, la République porte sous l’Arc de triomphe un soldat sans nom, choisi à Verdun parmi huit. Un mort pour tenir lieu de près de 1,4 million de soldats français tués, et pour fêter une victoire. L’idée…

Le 11 novembre 1920, la République porte sous l’Arc de triomphe un soldat sans nom, choisi à Verdun parmi huit. Un mort pour tenir lieu de près de 1,4 million de soldats français tués, et pour fêter une victoire.

L’idée naît en pleine guerre, en 1916, à Rennes : ouvrir le Panthéon « à l’un de nos combattants ignorés ». Le 12 septembre 1919, la Chambre des députés vote d’y inhumer « un déshérité de la mort ». Mais le gouvernement a son programme : profiter du deuxième anniversaire de l’armistice pour fêter le cinquantenaire de la République et porter au Panthéon le cœur de Léon Gambetta, afin de relier la défaite de 1870 à la victoire de 1918 sur l’Allemagne. Entre un pouvoir décidé à célébrer la victoire de son régime et des anciens combattants blessés ou traumatisés, la tension est vive ; eux préfèrent l’Arc de triomphe, sous lequel les troupes ont défilé le 14 juillet 1919. Le 8 novembre 1920, la loi tranche, à l’unanimité : le soldat ira sous l’Arc, Gambetta au Panthéon.

Photographie : des mannequins en uniforme bleu horizon devant des cercueils drapés de tricolore, dans une galerie voûtée
Reconstitution, dans la citadelle souterraine de Verdun, de la chapelle ardente où le Soldat inconnu est désigné le 10 novembre 1920 — PRA — CC BY 2.5 (Wikimedia Commons)

Reste à choisir ce soldat. Dans huit secteurs du front, on exhume un combattant que rien ne permet d’identifier, sinon l’uniforme français ; on en voulait neuf, mais dans un secteur aucun corps n’offrait cette garantie. Le 10 novembre, à la citadelle de Verdun, les huit cercueils reposent sur deux rangs de quatre ; le ministre des Pensions, André Maginot, préside. Le soldat qui devait désigner l’élu, un Martiniquais du 132e régiment d’infanterie, vient d’être hospitalisé pour une typhoïde : entre 70 000 et 98 000 soldats coloniaux sont morts dans cette guerre. On se tourne vers Auguste Thin, vingt et un ans, deuxième classe, pupille de la Nation. Il additionne les chiffres de son régiment, trouve six et pose son bouquet d’œillets sur le sixième cercueil. Les sept autres inconnus reposent au cimetière militaire du Faubourg-Pavé, près de Verdun.

Le 11 novembre, le cortège passe par le Panthéon, où le président de la République, Alexandre Millerand, prononce une allocution ; puis le cercueil, posé sur la prolonge d’artillerie d’un canon de 155, entre sous l’Arc. Il n’est mis en terre que le 28 janvier 1921, devant les maréchaux Foch, Joffre et Pétain. Le ministre de la Guerre, Louis Barthou, salue le soldat « au nom de la France pieusement reconnaissante et unanime ». La reconnaissance a ses exceptions : pendant la guerre, la justice militaire a condamné à mort 2 400 soldats français et en a fait fusiller environ 600 « pour l’exemple », pour refus d’obéissance, abandon de poste ou mutinerie, sans compter des exécutions sommaires mal connues. Une loi de 1924 en réhabilite quelques-uns. Il faut attendre 1998 pour qu’à Craonne un Premier ministre, Lionel Jospin, plaide pour leur rendre leur place dans la mémoire nationale.

Il manque une lumière. En 1921, Augustin Beaud propose une flamme perpétuelle ; l’architecte Henry Favier lui donne la forme d’une gueule de canon braquée vers le ciel, au centre d’un bouclier renversé ciselé de glaives, et le ferronnier d’art Edgar Brandt la réalise. Le 11 novembre 1923, Maginot, devenu ministre de la Guerre, l’allume ; depuis, des associations d’anciens combattants la raniment chaque soir à 18 h 30.

La dalle devient une scène, et pas seulement pour les cérémonies officielles du 11 novembre et du 8 mai. Le 23 août 1927, l’exécution des anarchistes Sacco et Vanzetti aux États-Unis jette Paris dans la rue ; dans l’émeute, la tombe est souillée. L’affront est à l’origine des Croix-de-Feu, fondés en novembre : logée dans l’immeuble du Figaro par le parfumeur François Coty, patron de presse antisémite, l’association d’anciens combattants devient sous le colonel de La Rocque une organisation nationaliste. Le 14 juin 1940, les troupes allemandes défilent sous l’Arc ; le 11 novembre suivant, malgré l’interdiction, lycéens et étudiants y montent par milliers, l’un des premiers actes publics de résistance à l’occupant. Le 26 août 1970, une dizaine de militantes du Mouvement de libération des femmes déposent une gerbe « à la femme du Soldat inconnu », sous une banderole : « Il y a plus inconnu que le soldat inconnu : sa femme ». C’est la première action médiatique du mouvement.

Photographie : la dalle du Soldat inconnu, fleurie, la flamme allumée, sous l'Arc de triomphe, un soir d'hiver
La tombe du Soldat inconnu sous l'Arc de triomphe, un soir de décembre 2013 — Frédéric Bisson — CC BY 2.0 (Wikimedia Commons)

En juillet 1922, Anatole France avait écrit à Marcel Cachin, dans L’Humanité : « On croit mourir pour la patrie ; on meurt pour des industriels. » Passez place Charles-de-Gaulle vers 18 h 30 : on ravive la flamme au-dessus de l’inscription « Ici repose un soldat français mort pour la Patrie, 1914-1918 ». Les fusillés pour l’exemple n’ont pas de place sous l’Arc.

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Arc de Triomphe — 8e arr.
Arc de Triomphe — 8e arr.
Arc de triomphe de l'Étoile — Lieu de massacre de Communards
Le général Galliffet fait fusiller 82 combattants de la Commune, dont 20 pompiers et 12 femmes, au pied de l'Arc de triomphe ; il fera massacrer à lui seul quelque 3 000 Communards
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Personnage(s) : Gaston de Galliffet ·Fédérés
Arc de Triomphe — 8e arr.
Arc de triomphe de l'Étoile
Les Fédérés montent une batterie d'obusiers sur la plate-forme de l'Arc de triomphe
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Personnage(s) : Lalance ·Augustin Avrial
Arc de Triomphe — 8e arr.
Arc de Triomphe — 8e arr.
Arc de Triomphe (et Champs-Élysées)
Deux cent mille hommes en armes défilent dans Paris pour célébrer la concorde. Dans deux mois, ils s'entre-tueront. Ce 20 avril 1848, Paris se donne en spectacle à lui-même. Le Gouvernement provisoire de la République…

Deux cent mille hommes en armes défilent dans Paris pour célébrer la concorde. Dans deux mois, ils s'entre-tueront.

Ce 20 avril 1848, Paris se donne en spectacle à lui-même. Le Gouvernement provisoire de la République, né des barricades de Février, a décrété une « Fête de la Fraternité » — un grand défilé militaire qui doit sceller l'union de la Nation autour du suffrage universel tout juste instauré. Le rendez-vous est fixé à la place de l'Étoile, au pied de l'Arc de Triomphe que la monarchie de Juillet n'avait achevé que douze ans plus tôt.

Le cortège est immense. Deux cent mille hommes — Garde nationale, garde mobile, troupes de ligne — remontent les Champs-Élysées dans un ordre impeccable. Chaque bataillon de la Garde nationale reçoit un drapeau neuf des mains du Gouvernement provisoire. Les discours célèbrent la République, la fraternité, l'unité du peuple. Lamartine, omniprésent depuis Février, domine la cérémonie de sa stature romantique. Des estrades dressées sous l'Arc accueillent les membres du gouvernement ; la foule, massée le long de l'avenue, applaudit.

La mise en scène d'une fiction

La fête est grandiose, mais elle sonne faux — et tout le monde le sait. Depuis les journées de mars, la fracture entre la bourgeoisie républicaine et le prolétariat parisien ne cesse de s'élargir. Les Ateliers nationaux, créés pour absorber le chômage ouvrier, sont déjà dénoncés par la droite républicaine comme un gouffre financier et un foyer d'agitation. La Commission du Luxembourg, où Louis Blanc tente d'esquisser une organisation du travail, est marginalisée. Le suffrage universel lui-même — la grande conquête de Février — va se retourner contre Paris : les élections du 23 avril, trois jours après la fête, donneront une Assemblée constituante massivement conservatrice, dominée par les notables ruraux.

La Fête de la Fraternité est donc aussi la « Fête des Drapeaux » — un rituel de distribution où chaque bataillon reçoit son étendard tricolore comme gage d'allégeance à l'ordre républicain. Derrière la solennité, c'est un acte d'encadrement : on arme symboliquement la Garde nationale bourgeoise tout en lui rappelant qu'elle sert la République, pas la rue.

Le décor avant le massacre

Deux mois plus tard, en juin, le même gouvernement ordonne la dissolution des Ateliers nationaux. Le prolétariat parisien se soulève. La Garde nationale, celle-là même qui défilait sous l'Arc de Triomphe en avril, tire sur les barricades ouvrières. Le général Cavaignac écrase l'insurrection dans le sang : des milliers de morts, des milliers de déportés.

Marx, observateur acéré de la séquence 1848-1851, dissèque cette imposture dans Les Luttes de classes en France. La « fraternité » proclamée en Février et mise en scène en avril n'est pour lui que le voile idéologique d'une lutte de classes qui n'ose pas encore dire son nom. La bourgeoisie républicaine a besoin du prolétariat pour renverser la monarchie, mais une fois le trône à terre, elle n'a plus qu'une urgence : le désarmer. « La fraternité, écrit Marx, c'est la fraternité des classes antagonistes dont l'une exploite l'autre — cette fraternité proclamée en Février, inscrite en grandes lettres sur le front de Paris, sur chaque prison, sur chaque caserne — sa véritable expression, c'est la guerre civile dans sa forme la plus effroyable, la guerre du travail et du capital. »

Le 20 avril 1848, sous l'Arc de Triomphe, les drapeaux neufs claquent au vent. Le décor est parfait. Le drame est écrit.

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Arc de Triomphe — 8e arr.
Place de l'Étoile — Arc de Triomphe
Une immense parade militaire organisée place de l'Étoile sous le nom de "Fête de la Fraternité, ou "Fête des Drapeaux" (43 000), sanctionne la victoire du gouvernement réactionnaire sur la gauche déchirée par ses contradictions
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Arc de Triomphe — 8e arr.
Bâtiment remarquable (arc de triomphe de l'Étoile)
Ordonné par Napoléon Bonaparte en février 1806, après Austerlitz, l'arc est dessiné par Jean-François Chalgrin, qui s'inspire des arcs antiques de Rome ; la première pierre est posée le 15 août 1806. Après la mort de Chalgrin en 1811, le chantier, arrêté sous la Restauration puis repris en 1823, passe à Louis-Robert Goust et à Jean-Nicolas Huyot ; Guillaume Abel Blouet l'achève de 1832 à 1836, et le monument est inauguré le 29 juillet 1836. Depuis le 11 novembre 1920, le Soldat inconnu repose sous la voûte, veillé chaque soir par une flamme.
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Arc de Triomphe — 8e arr.

Aujourd'hui

L'Arc de triomphe est classé monument historique et géré par le Centre des monuments nationaux. On peut gravir ses 284 marches pour accéder à la terrasse panoramique. Sous la voûte, la Flamme du souvenir brûle en permanence sur la tombe du Soldat inconnu depuis 1923. Un petit musée retrace l'histoire du monument.