Le brigand Nicolas Pelletier est la première tête de la guillotine

Guillotine place de Grève

Castigo francés de Francisco de Goya, 1824-1828, Lithographic crayon on laid paper

Le montage a pris du temps. L'exécution n'a lieu que la nuit venue, aux chandelles.

Le 25 avril 1792, place de Grève, les Parisiens s'écrasent depuis l'aube. On se masse aux fenêtres, on grimpe sur les toits. Tout le monde veut voir la nouvelle machine, celle dont on parle depuis des semaines — la « Louison », la « Louisette », comme on la surnomme d'après le docteur Antoine Louis qui l'a conçue. Le projet de loi a été voté le 25 mars. Le charpentier allemand Tobias Schmidt, qui a présenté le devis le moins cher — 305 livres contre 824 à ses concurrents —, a construit l'engin dans son atelier de la cour du Commerce-Saint-André. On l'a essayé d'abord sur des moutons vivants, le 9 avril, dans un atelier de charpente ; puis à l'hôpital de Bicêtre, dans la salle de dissection, sur trois cadavres — ceux de deux prisonniers et celui d'une folle. Les essais ont été concluants.

Mais ce 25 avril, le montage de la machine place de Grève traîne en longueur. Les heures passent. La foule attend. Quand enfin le couperet est en place, la nuit est tombée. On allume des chandelles. Le condamné est un détrousseur nommé Nicolas-Jacques Pelletier, arrêté le 14 octobre précédent rue Bourbon-Villeneuve pour avoir assailli un passant à coups de couteau et volé un portefeuille contenant 800 livres en assignats. Condamné à mort, sa sentence a été confirmée en appel le 24 décembre 1791, puis une troisième fois le 24 janvier 1792. Pelletier a attendu quatre mois dans sa cellule que la nouvelle machine soit prête.

Le bourreau Charles-Henri Sanson actionne le mécanisme. Le couperet siffle. La tête tombe. C'est fini. La foule, habituée aux lentes agonies de la potence et de la roue, reste interdite. Tout s'est passé si vite que les badauds se sentent floués. Dès le lendemain, une chanson circule dans Paris pour réclamer « qu'on leur rendît leur potence de bois ».

On ne leur rendra pas. Au contraire : après Pelletier, trois soldats, trois faussaires — dont un abbé — et un faux-monnayeur passeront sous le couperet. La machine ne s'arrêtera plus. C'est le journal royaliste les Actes des Apôtres qui lui donnera son nom définitif : la « guillotine », d'après le docteur Joseph-Ignace Guillotin qui avait suggéré en 1789 que la décapitation mécanique remplace « la potence, la roue, le bûcher, l'écartèlement et autres douceurs ». Guillotin, emprisonné sous la Terreur, échappera de justesse à sa propre machine grâce au 9 Thermidor. Il mourra dans son lit, en 1814, d'un anthrax à l'épaule — au 209 rue Saint-Honoré, où il avait installé son cabinet médical et où il perdait beaucoup de patients à cause de son nom.