Rédaction d'un manifeste s'opposant à toute attaque contre les prussiens dans Paris

Corderie du Temple/Assemblée des Comités de Vigilance

Déclaration le Cris du Peuple 1 Mars 1871, BnF

Rédaction d'un manifeste s'opposant à toute attaque contre les prussiens dans Paris.

Le 27 février 1871, la Corderie du Temple est en ébullition. Les comités de vigilance de quartier, les délégués de la Garde nationale et des militants de l’Internationale y débattent d’une question brûlante : faut‑il attaquer les Prussiens qui vont entrer dans Paris en application de l’armistice, ou au contraire éviter tout affrontement direct ?

Une partie des bataillons, outrés par les conditions de paix (pertes territoriales, indemnité colossale, défilé des troupes ennemies), réclame de « mourir les armes à la main » plutôt que de laisser passer les régiments prussiens sur les Champs‑Élysées. Mais à la Corderie, les militants les plus organisés – autour de figures comme Charles Beslay, Henri Goullé, Charles Rochat, Augustin Avrial, Pindy, Rouveyroles, Arnaud, Vallès et d’autres – défendent une autre ligne. Ils rédigent un manifeste qui s’oppose à toute attaque contre les Prussiens dans Paris : une telle action, expliquent‑ils, « ne servirait qu’à désigner le peuple aux coups » de l’ennemi et de Versailles, en provoquant un massacre sans changer le rapport de force.

L’idée n’est pas de se résigner, mais de déplacer le terrain. Plutôt que de se jeter contre des troupes prussiennes parfaitement équipées, dans une ville épuisée par le siège, les comités appellent à montrer la force de Paris sans déclencher la bataille : évacuer les quartiers promis à l’occupation, dresser un cordon de barricades pour isoler la zone, encadrer le défilé par la Garde nationale, draper la ville de deuil. Le manifeste, adopté à la Corderie, va dans ce sens : ne pas donner prétexte à une répression immédiate, préserver les forces populaires pour l’affrontement politique et social qui vient – contre le gouvernement Thiers, plus encore que contre les Prussiens.

Dans cette caserne désaffectée devenue salle de réunion, on voit ainsi se dessiner l’une des constantes de 1871 : un refus de l’humiliation nationale, mais aussi la conscience que la vraie bataille se jouera entre Paris républicain et une Assemblée majoritairement monarchiste et conservatrice. Quelques semaines plus tard, c’est encore à la Corderie que se structurera le Comité central de la Garde nationale, avant le soulèvement du 18 mars.