La révolte des maillotins, enluminure, Bibliothèque municipale de Besançon
e 1ᵉʳ mars 1382, Paris explose autour d’une question qui parle à tout le monde : les impôts sur la vie quotidienne. Depuis la mort de Charles V, ses oncles, régents du jeune Charles VI, ont rétabli des taxes sur les denrées de base – vin, pain, viande – après les avoir un temps abolies, et la colère gronde dans les rues. Aux Halles, la dispute entre une marchande et un percepteur dégénère : des collecteurs d’impôts sont pris à partie, certains tués, et la foule se met à scander « Liberté ! Liberté ! Aux armes ! ».
Très vite, l’émeute prend une tournure insurrectionnelle. Les manifestants se ruent vers l’Hôtel de Ville, alors installé dans l’hôtel du Boccador : ils enfoncent les portes, s’emparent des maillets de plomb ou de fer que le prévôt Hugues Aubriot avait fait entreposer pour armer la milice bourgeoise en cas d’attaque ennemie. C’est de ces armes improvisées que vient leur surnom de « Maillotins ». Armés de ces maillets, ils se répandent dans la ville, frappent des percepteurs, brûlent des registres fiscaux, ouvrent les prisons, et s’en prennent aussi, dans un climat de haine religieuse, aux communautés juives, accusées d’usure.
Le jeune roi Charles VI n’est pas encore en mesure de réagir directement : ses oncles – notamment le duc d’Anjou et le duc de Bourgogne, Louis de Naples étant lui aussi impliqué dans les affaires financières du royaume – tentent d’abord la négociation, puis se retirent avec la cour à Vincennes, laissant Paris en effervescence. Hugues Aubriot, quant à lui, est libéré par les insurgés des prisons ecclésiastiques où il était détenu, ironie de l’histoire pour celui qui avait organisé les défenses de la ville quelques années plus tôt.
La répression viendra plus tard. Après avoir vaincu la révolte des Gantois à Roosebeke, le roi rentre à Paris en 1383 et, sous l’influence de ses oncles, fait pendre ou décapiter de nombreux Maillotins, sans toujours distinguer coupables et simples notables compromis. La ville perd pour des décennies sa municipalité autonome : prévôt des marchands et échevins sont supprimés, au profit d’un contrôle direct par le prévôt du roi.
La révolte des Maillotins reste dans l’histoire parisienne comme l’un des premiers grands soulèvements antifiscaux urbains : un mouvement parti du marché, armé d’outils détournés en armes, qui vise autant la misère provoquée par les impôts que les désordres et le luxe ostentatoire de la cour.