Longue d'un kilomètre, large de dix mètres, la rue de Monceau relie le boulevard Haussmann à la rue du Rocher en traversant les quartiers de l'Europe et du Faubourg-du-Roule. Son nom dit sa vocation première : elle conduisait à l'ancien village de Monceau, aujourd'hui disparu sous le tissu haussmannien, avant que parcs et hôtels particuliers n'en effacent jusqu'au souvenir champêtre. Elle s'est d'abord appelée rue de Valois, puis rue Cisalpine — deux noms qui trahissent les humeurs politiques du Directoire —, avant de recevoir sa dénomination définitive par arrêté préfectoral du 2 avril 1868, pour la portion comprise entre la place du Pérou et la rue du Rocher.
La rue porte en elle une mémoire révolutionnaire aussi discrète que glaçante. À partir du 25 mars 1794, les corps des guillotinés de la place de la Révolution sont acheminés dans un terrain vague du secteur, que l'on appelle alors le « cimetière » : 1 119 personnes y trouveront une sépulture anonyme, parmi lesquelles les victimes de Saint-Just, de Robespierre et du Comité de salut public — dont Camille Desmoulins, Danton et le chimiste Lavoisier, fauchés par la même mécanique qu'ils avaient parfois contribué à mettre en branle. Quelques années plus tôt, un poste d'octroi marquait déjà le carrefour ; en 1765, il cède la place à la barrière de Monceau. En 1799, au n° 32, naît le fils de Bernadotte et de Désirée Clary : l'enfant deviendra roi de Suède.
Au tournant du XX° siècle, la rue change de registre et devient un foyer de la vie mondaine et littéraire. Marcel Proust y réside au n° 45 vers 1900 ; Robert de Montesquiou-Fézensac, Reynaldo Hahn et Lucien Daudet gravitent dans le même périmètre. Au n° 3, le salon de Madeleine Lemaire attire peintres et musiciens ; au n° 31, celui qui passe pour l'un des modèles de Mme Verdurin réunit une faune d'artistes que Marie Laurencin côtoie — elle habite le même numéro dès 1901. La rue est aussi le théâtre d'un épisode communard : en 1871, Jules Allix y fonde au n° 14 une école professionnelle mixte, tandis que le n° 24 abrite la « Commune sociale de Paris ». Louise Michel n'est pas loin.