Rue Jacob : Signature du traité reconnaissant l'indépendance des États-Unis d'Amérique

Hôtel d'York/Demeure de Benjamin Franklin

La signature du traité préliminaire de paix à Paris, par Carl Wilhelm Anton Seiler, 1904.

Dans un hôtel particulier de la rive gauche, Benjamin Franklin trempe sa plume et une nation de cent millions d'habitants futurs entre dans le droit des gens.

Le 3 septembre 1783, à l'Hôtel d'York, 56 rue Jacob, Benjamin Franklin, John Adams, John Jay et David Hartley apposent leurs signatures au bas d'un traité qui reconnaît formellement l'indépendance des États-Unis d'Amérique. La Grande-Bretagne admet sa défaite, renonce à ses treize colonies de la côte atlantique et fixe les frontières du nouvel État de l'Atlantique jusqu'au Mississippi. C'est la paix de Paris : un document de quelques pages qui redessine l'équilibre impérial dans l'hémisphère occidental.

La guerre d'Indépendance avait commencé en 1775, avec les premiers affrontements à Lexington et Concord. En 1778, la France de Louis XVI avait conclu une alliance formelle avec les insurgés américains, cherchant à affaiblir son adversaire britannique et à effacer l'humiliation du traité de 1763. La flotte française avait joué un rôle décisif à la bataille de Yorktown en octobre 1781, qui avait contraint la capitulation du général Cornwallis. À Paris, la présence de Benjamin Franklin était devenue celle d'un philosophe admiré des Lumières autant que d'un diplomate redoutable : il hantait les salons, lisait les encyclopédistes, et savait mieux que quiconque que la victoire diplomatique se gagnait dans les alcôves autant que sur les champs de bataille.

Les négociations avaient duré deux ans. Les Américains, instruits par leur expérience des alliances européennes, avaient choisi de traiter directement avec Londres sans en référer systématiquement à Versailles, froissant le comte de Vergennes. Ils obtenaient la pleine reconnaissance de leur souveraineté, des frontières généreuses, des droits de pêche dans les eaux de Terre-Neuve et le retrait des troupes britanniques.

Pour la France, la victoire avait un prix. Le coût de la guerre américaine, ajouté aux dettes accumulées sous Louis XV, précipitait la monarchie vers la banqueroute. Six ans plus tard, pour convoquer les États généraux destinés à régler la question financière, Louis XVI ouvrirait la boîte de Pandore de 1789. En soutenant la liberté des Américains, la France royale finançait sans le savoir sa propre révolution.

La rue Jacob, dans ce quartier de diplomates, d'éditeurs et de philosophes, garde la mémoire discrète de l'événement. Une plaque signale sur l'immeuble actuel que le traité fut signé en ce lieu. Les États-Unis, qui accueilleront un siècle plus tard la Statue de la Liberté offerte par la France, ne sont jamais si proches de Paris que dans cette pièce où les plumes grincèrent sur le parchemin.