Histoire de la rue
La rue Jacob porte en elle une promesse biblique. Son nom remonte à un vœu formulé par Marguerite de Valois — la reine Margot — qui souhaitait honorer le vœu de Jacob en élevant un temple au Seigneur sur ces terrains du faubourg Saint-Germain. De ce projet naquit la fondation des Petits Augustins, dont le couvent allait marquer durablement la physionomie du quartier. Longtemps baptisée rue du Bon Jacob, puis rue du Colombier dans sa partie occidentale, elle ne prit son tracé et son nom définitifs que par décision ministérielle du 14 juillet 1836, qui réunit les deux tronçons en une seule artère reliant la rue de Seine à la rue des Saints-Pères.
Mais c'est au numéro 56 que la rue entre dans l'histoire mondiale : le 30 novembre 1782, dans l'hôtel aujourd'hui disparu, la Grande-Bretagne signe les articles préliminaires de paix reconnaissant l'indépendance des États-Unis ; et l'année suivante, le traité définitif y est paraphé. Benjamin Franklin, qui séjourne alors au n° 44, en est l'âme diplomatique — secondé par John Adams et John Jay — même s'il refuse certaines des conditions initialement proposées. Quelques années plus tôt, le jeune Jean Racine avait vécu au n° 7, à dix-sept ans, tout juste sorti de Port-Royal-des-Champs. Et c'est dans cette même rue que Guillaume François Rouelle, maître de Lavoisier, tient son officine de chimiste, avant que ses élèves Pelletier et Caventou n'y synthétisent, au début du XIXe siècle, le sulfate de quinine.
La Révolution française traverse la rue de part en part : des réunions de Montagnards au n° 26, Anacharsis Cloots logeant au n° 48 avant sa guillotine avec les Hébertistes, le général de Custine au n° 29 — rallié à la République, exécuté pour trahison en 1794. En 1871, c'est aux numéros 29-32 que Salvador Daniel, directeur du Conservatoire nommé par la Commune, est ramené sur la barricade où il s'était battu pour y être fusillé.
Au fil du XIXe siècle et jusqu'au XXe, la rue Jacob devient un creuset littéraire et artistique d'une densité rare. Delacroix y partage un atelier, Wagner achève Rienzi et ébauche Le Vaisseau fantôme au n° 14, Ingres y réside, Mérimée y passe cinq ans, Colette y débute sous la tutelle éditoriale de Willy. Après la Grande Guerre, Hemingway et Fitzgerald fréquentent le restaurant du n° 60 avec la « Lost Generation », tandis qu'au n° 20 la poétesse américaine Natalie Barney tient chaque vendredi, de 1909 à 1969, le plus long salon littéraire de Paris. La jeune Simone de Beauvoir fait quant à elle sa scolarité à l'institut Désir, au n° 39 — ignorant sans doute qu'André Gide et Paul Claudel ont, eux aussi, leur adresse dans la même rue.