Monument du Chevalier de La Barre - Paris, 18th arr. situé au Sacré-Cœur de Montmartre.
On plaça la statue d'une victime de l'obscurantisme religieux directement en face de la basilique du Sacré-Coeur. Personne ne fit semblant de ne pas comprendre la provocation. Pétain fit fondre la statue en 1941.
Jean-François Lefebvre, chevalier de la Barre, avait dix-neuf ans quand il fut exécuté à Abbeville le 1er juillet 1766. Son crime : n'avoir pas ôté son chapeau au passage d'une procession religieuse, et avoir chanté des chansons impies. Il fut décapité après avoir eu la langue coupée et la main tranchée. Son exemplaire du Dictionnaire philosophique de Voltaire fut brûlé avec lui.
L'affaire avait scandalisé Voltaire, qui mena campagne pour sa réhabilitation jusqu'à sa mort. Le chevalier de la Barre devint le symbole des victimes de la justice d'Ancien Régime mêlée à la religion.
Le 3 août 1905, une statue en bronze du chevalier de la Barre fut inaugurée sur le parvis du Sacré-Coeur, à Montmartre. Georges Clemenceau, anticlérical convaincu, participa à la cérémonie. Le choix du lieu n'était pas fortuit : la basilique du Sacré-Coeur, dont la construction avait été décidée en « expiation » de la Commune de Paris de 1871, incarnait pour la gauche républicaine la réaction cléricale et la revanche sur les insurgés. Placer devant elle la statue d'une victime de l'Église, c'était affirmer que le parvis de la basilique n'appartenait pas qu'aux dévots.
La statue resta en place jusqu'en 1941. Le gouvernement de Vichy, dans le cadre de la collecte de métaux non ferreux destinés à l'industrie de guerre allemande, la fit fondre.
Une réplique en résine fut installée à l'identique en 1985. Elle est toujours là, face à la basilique, sur le parvis de Montmartre.