La décision politique prise au quai d'Orsay, il faut maintenant la traduire en plan militaire. Vinoy réunit ses généraux au Louvre — quartier général de la place de Paris — pour distribuer les rôles. Le dispositif est ambitieux : quadriller Paris simultanément, de sorte qu'aucune résistance ne puisse s'organiser.
Susbielle commandera la colonne sur Montmartre, avec les brigades Paturel et Lecomte — environ 6 000 hommes, régiments de ligne, gardes républicains, gendarmes et mitrailleuses. Faron marchera sur Belleville et les Buttes-Chaumont avec 6 000 hommes supplémentaires. Maud'huy occupera l'Hôtel de Ville, la Bastille et les ponts de la rive droite. Barry tiendra la Concorde et les Tuileries. Valentin, préfet de police, assurera le contrôle des Champs-Élysées avec ses gardes républicains.
Au total, Thiers a obtenu de Bismarck que ses troupes soient portées à 40 000 hommes — mais la réalité est plus modeste : les libérables sont rentrés chez eux depuis la signature des préliminaires de paix, et Vinoy ne dispose en fait que de 20 000 hommes environ. Surtout, pour transporter 227 canons, il faudrait près de 2 000 chevaux. Personne n'a prévu d'en réquisitionner suffisamment.
Vinoy le sait. Il a exprimé ses réserves au conseil du quai d'Orsay — trop tôt, trop peu préparé. Thiers n'a pas voulu entendre. Le déploiement est fixé à 3 heures du matin. Les soldats marcheront dans la nuit froide vers des objectifs qu'ils atteindront sans difficulté — et devant lesquels ils resteront ensuite immobiles, à attendre des chevaux qui ne viendront pas.