Au cœur du 1er arrondissement, au 1–3 de la rue La Vrillière, se dresse l'un des monuments les plus discrets et les plus puissants de Paris. L'hôtel qui occupe ce site depuis le XVIIe siècle est réquisitionné dès 1791 pour y loger l'Imprimerie nationale — dans ces mêmes couloirs où Robespierre et Marat font alors imprimer leurs textes enflammés. En 1811, la Banque de France, fondée par Bonaparte en 1800 et jusqu'alors installée rue d'Aboukir, traverse la rue et s'empare des lieux pour de bon.
La grande heure du bâtiment, c'est la Commune de 1871. La Banque devient alors l'enjeu le plus brûlant de Paris insurgé. Le sous-gouverneur Alexandre de Plœuc joue sa partie avec un sang-froid redoutable : il convainc le délégué communard Charles Beslay de ne jamais franchir le seuil en conquérant. Le résultat est saisissant — la Commune ne touchera que 15 millions de francs, pendant que Versailles en encaisse 257. Une barricade est bien dressée dans la cour, les gardes nationaux pro-versaillais en interdisent l'entrée à Jourde et Varlin venus réclamer des fonds, et même une tentative de perquisition pour trouver des armes cachées est repoussée par Beslay lui-même. Quand tout s'effondre, Plœuc reconduira personnellement Beslay jusqu'en Suisse — renvoi d'ascenseur discret mais éloquent.
- 1791 — 1808 Hôtel de La Vrillière réquisitionné comme siège de l'Imprimerie nationale
- 1811 La Banque de France s'installe dans l'hôtel
- 1871 Forteresse financière pendant la Commune : camp retranché, enjeu politique majeur
- 1940 — 1944 Banque centrale sous occupation : versement de 400 millions de francs par jour à l'Allemagne nazie
- Aujourd'hui Siège de la Banque de France, institution de la République française
Le bâtiment est toujours le siège de la Banque de France. La façade sur la rue La Vrillière conserve son allure austère et souveraine. Des visites ponctuelles permettent de découvrir les grands salons et la galerie dorée de l'ancien hôtel. L'institution demeure l'une des banques centrales les plus anciennes d'Europe.