De Plœuc convainc Beslay de ne pas occuper la Banque de France

Banque de France

La Banque de France en 1871

De Plœuc convainc Beslay de ne pas occuper la Banque de France ; une des plus grosses erreurs de la Commune, qui n'utilisera pas ce formidable moyen de pression contre Versailles.

Le 28 mars 1871, le jour même de la proclamation de la Commune, Charles Beslay se rend rue La Vrillière. La Banque de France est là, à portée de main — ses caves renferment plusieurs milliards de francs en billets et en réserves métalliques. Beslay est le délégué de la Commune auprès de la Banque. Il vient en prendre le contrôle.

Il en ressort sans avoir rien pris.

Le sous-gouverneur de Plœuc l'a reçu, et l'a convaincu. L'argument est simple, et redoutablement efficace : la Banque de France n'appartient pas à l'État, elle appartient à ses actionnaires. En saisir les avoirs serait porter atteinte à la propriété privée — ce que la Commune, qui se réclame de la légalité républicaine, ne peut pas faire. Surtout, de Plœuc fait valoir que la Banque est le garant du commerce et de l'industrie, que bloquer ses opérations ruinerait les petits épargnants autant que les grands. Beslay, vieux saint-simonien de soixante-sept ans, républicain modéré, proche de Proudhon, est sensible à ces arguments. Il part.

Philippe avait résumé l'affaire en une phrase dans sa fiche : une des plus grosses erreurs de la Commune, qui n'utilisera pas ce formidable moyen de pression contre Versailles.

Les historiens sont du même avis. La Banque accordera en tout 15 millions à la Commune — contre 257 à Versailles, pour financer l'armée qui l'écrasera en mai. Les trois milliards dormaient en cave, rue La Vrillière, pendant toute la durée de la Commune. Beslay lui-même, dans ses Souvenirs, reconnaîtra s'être laissé abuser. De Plœuc, lui, reçut la Légion d'honneur après la Semaine sanglante.