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Au bout du boulevard de Strasbourg, la Gare de l'Est dresse sa grande façade à rosace sur ce qui s'appelle aujourd'hui la place du 11 Novembre 1918 — date choisie avec soin, puisque c'est par ici que partaient les soldats vers l'Est. Inaugurée en 1849 sous le nom de gare de Strasbourg, elle devient rapidement l'une des grandes portes de Paris, celle qui regarde vers l'Alsace, la Lorraine, et au-delà.

Son histoire révolutionnaire commence bien avant les trains. En 1871, lors du siège de Paris, Nadar et Eugène Godard y installent une véritable manufacture de ballons montés, transformant les vastes nefs en atelier aérostatique. Pendant la Commune, la gare devient un lieu de cour martiale — une juridiction d'exception s'y installe durant la Semaine sanglante pour juger les Fédérés sur le vif. Henri Rochefort y monte dans un train pour fuir ; il sera rattrapé à Meaux. Sur les quais, en septembre 1871, Paul Verlaine et Charles Cros attendent en vain Arthur Rimbaud, qui a filé directement rue Nicolet — petit ratage littéraire qui a failli passer à l'histoire.

La gare concentre aussi ses moments de comédie absurde et de tragédie réelle. En 1920, André Breton, Louis Aragon et les dadaïstes s'y précipitent pour accueillir Tristan Tzara — lequel refuse ostensiblement d'endosser le rôle de messie littéraire qu'on lui prépare. Pendant l'Occupation, elle devient un terrain de résistance armée : le 11 février 1942, Raymond Tardif et ses camarades des Bataillons de la Jeunesse y font exploser un engin contre un train de permissionnaires allemands. Les FTP-MOI y mènent plusieurs actions, parfois au prix d'un mort. En 1955, deux mille jeunes appelés refusent d'y monter dans les trains pour l'Algérie, criant « pas de guerre en Algérie » — la gare de l'Est, toujours, comme miroir des déchirements français.

Noms successifs du lieu

  • 1849 Gare de Strasbourg — nom d'origine, en référence à la ligne inaugurale
  • 1871 Manufacture de ballons montés (siège de Paris) et cour martiale (Semaine sanglante)
  • 1878 Rebaptisée Gare de l'Est après le rattachement de l'Alsace-Lorraine à l'Empire allemand — le nom de Strasbourg devient politiquement inconfortable
  • 1931 Extension et agrandissement de la façade, doublant la capacité de la gare
  • Aujourd'hui Gare de l'Est — terminus du RER E et des TGV Est-européen, l'une des plus grandes gares parisiennes

Toponymie — place du 11 Novembre 1918

place du 11 Novembre 1918
Le 11 novembre 1918, date de la signature de l'armistice de Rethondes.
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Événements à cette adresse

11 événements · 1871 — 1955
Gare de l'Est
Sur les quais de la gare de l'Est, une guerre commence à ne plus trouver d'armée. Le 1er septembre 1955, à l'heure des départs militaires, la gare de l'Est est envahie par une agitation inhabituelle. Des soldats du…

Sur les quais de la gare de l'Est, une guerre commence à ne plus trouver d'armée.

Le 1er septembre 1955, à l'heure des départs militaires, la gare de l'Est est envahie par une agitation inhabituelle. Des soldats du contingent, convoqués pour rejoindre l'Algérie, refusent de monter dans les trains. Ils sont plusieurs centaines, deux mille selon les estimations de la presse, à rester sur les quais, certains scandant des slogans contre la guerre, d'autres se contentant de ne pas bouger, silencieux, entêtés.

Onze mois ont passé depuis la Toussaint rouge de 1954, nuit d'attentats qui avait marqué le début de l'insurrection algérienne. Le gouvernement français a répondu en envoyant des renforts militaires massifs et en rappelant des classes de réservistes déjà libérés. Ces rappels, qui arrachaient des hommes à leurs familles, à leurs emplois, à leur vie civile reconstruite après les années d'Indochine, suscitaient depuis l'été une résistance sourde. Mais les refus individuels, timides et isolés, basculent ce 1er septembre en quelque chose de collectif et de visible.

À la gare de l'Est, les forces de l'ordre interviennent. Les soldats récalcitrants sont ramenés dans leurs casernes, notés, réprimandés. La plupart partiront néanmoins, certains sur un autre convoi, d'autres quelques jours plus tard. La machine militaire absorbe les résistances sans jamais les laisser dégénérer en mutinerie déclarée. Mais le mouvement ne s'arrête pas là : dix jours plus tard, à la gare de Lyon, des rappelés de l'armée de l'Air bloquent les départs en déclenchant les signaux d'alarme et seront finalement acheminés par avion. Dans plusieurs villes de province, les gares deviennent à l'automne 1955 des scènes de contestation silencieuse ou bruyante.

Ce que l'on voit naître sur ces quais n'est pas encore un mouvement organisé. Les partis de gauche hésitent, les syndicats tâtonnent, et le Parti communiste ne donne pas de consigne claire. Mais la conscience collective que quelque chose est injuste dans ce rappel forcé, dans cette guerre que les communiqués officiels refusaient de nommer, commence à se cristalliser. Les "soldats du refus" prendront des formes de plus en plus radicales dans les années suivantes, depuis les insoumis jusqu'aux porteurs de valise du réseau Jeanson, depuis les pétitionnaires du "Manifeste des 121" jusqu'aux militants de l'UNEF.

Le quai de la gare de l'Est en ce 1er septembre 1955 était l'un des premiers moments où la société française sentit que cette guerre coloniale, qu'elle n'avait pas vraiment choisie, allait lui coûter plus qu'un gouvernement ne pouvait promettre.

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1 place du 11 Novembre 1918 — 10e arr.
Gare de l'Est
Le quatrième détachement des FTP-M.O.I. se rassemble pour un déraillement qui sera revendiqué quelques jours plus tard. Ce sera la dernière action du groupe avant son arrestation
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1 place du 11 Novembre 1918 — 10e arr.
Gare de l'Est — Lieu de l'arrestation de Samuel Zoltan
Arrestation de Samuel Zoltan qui ramenait des Ardennes deux valises d'explosifs
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Personnage(s) : Samuel Zoltan
1 place du 11 Novembre 1918 — 10e arr.
Gare de l'Est — Attentat des Bataillons de la Jeunesse
Le 11 février 1942, la gare de l’Est devient l’un des premiers théâtres de la guerre clandestine menée par les Bataillons de la Jeunesse. Dans le vaste hall, un engin explosif est placé contre un train de…

Le 11 février 1942, la gare de l’Est devient l’un des premiers théâtres de la guerre clandestine menée par les Bataillons de la Jeunesse. Dans le vaste hall, un engin explosif est placé contre un train de permissionnaires allemands, au milieu d’une foule compacte de soldats en transit et de civils. L’explosion, suivie d’une deuxième tentative dans la nuit du 11 au 12 février, déclenche une panique considérable : cris, fumée, bousculades, soldats se ruant vers les quais et les sorties, tandis que les autorités allemandes et la police française tentent de reprendre le contrôle des lieux.

L’opération est revendiquée par les Bataillons de la Jeunesse, ces groupes de jeunes communistes intégrés à l’Organisation spéciale, qui multiplient alors les attaques à la grenade et les sabotages contre l’armée d’occupation. L’attentat de la gare de l’Est inaugure une série d’actions visant les trains de permissionnaires, symbole de la machine de guerre allemande et de la routine de l’occupation.

La répression ne tarde pas. Dans les semaines qui suivent, plusieurs jeunes des Bataillons de la Jeunesse, dont Raymond Tardif et André Aubouet, sont arrêtés puis fusillés les 16 et 17 mai 1942 ; une plaque au 156 rue de Belleville rappelle aujourd’hui leurs noms et mentionne explicitement les attentats des 11 et 12 février 1942 à la gare de l’Est.

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Personnage(s) : Raymond Tardif ·Georges Tondelier ·Armand
1 place du 11 Novembre 1918 — 10e arr.
1 place du 11 Novembre 1918 — 10e arr.
Gare de l'Est — Gare de Strasbourg
Verlaine et Charles Cros ratent Rimbaud qu'ils sont venus attendre sur le quai de la gare de l'Est ; ils le retrouvent rue Nicolet, chez les beaux-parents de Verlaine, où il s'est rendu directement
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1 place du 11 Novembre 1918 — 10e arr.
Cour prévôtale de la Gare de l'Est — Cour martiale — Lieu de massacre de Communards
Cour martiale installée dans la Gare de l'Est pendant la Semaine sanglante
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Personnage(s) : Fédérés
1 place du 11 Novembre 1918 — 10e arr.
1 place du 11 Novembre 1918 — 10e arr.
Gare de l'Est — Gare de Strasbourg (construite en 1847)
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Personnage(s) : Nadar ·Eugène Godard
1 place du 11 Novembre 1918 — 10e arr.

Aujourd'hui

La Gare de l'Est est toujours en activité, terminus des lignes TGV vers Strasbourg, Frankfurt et au-delà, ainsi que du RER E. Sa grande façade ornée d'une rosace et d'un fronton allégorique — la ville de Strasbourg y pleure en bronze — reste un repère majeur du 10e arrondissement. Le hall conserve une atmosphère de grande gare historique, avec ses verrières et son horloge emblématique.