🗺 Lieux & Arrondissements 🎭 Thèmes ⏳ Époques 👤 Personnages 📅 Événements 🚶 Balades 🧭 Explorer 📚 Bibliographie À propos

Au cœur du faubourg Saint-Honoré, ce couvent fondé par les Dominicains — appelés « Jacobins » parce que leur premier établissement parisien jouxtait la rue Saint-Jacques — devient l'un des hauts lieux de l'histoire de France bien avant la Révolution. C'est ici, en 1576, que Henri III et Henri de Lorraine scellent la Sainte Ligue, cette coalition catholique qui allait embraser le royaume pendant des décennies.

Mais c'est la Révolution qui offre au couvent sa gloire définitive. Dès 1789, la Société des Amis de la Constitution — vite surnommée « Club des Jacobins » — s'y installe : d'abord dans le réfectoire, puis dans la bibliothèque, enfin dans l'église elle-même. Robespierre, Barnave, La Fayette, Noailles débattent dans ces murs. En 1790, l'instituteur Claude Dansart y anime une société fraternelle ouverte aux gens du peuple, mixte, pionnière. En 1791, Brissot et Choderlos de Laclos y rédigent une pétition à double fond orléaniste, que Nicolas de Bonneville corrige in extremis dans un sens franchement républicain. Le 21 avril 1793, Robespierre y présente son projet de Déclaration des droits, adopté en séance sous les yeux de Saint-Just et Danton. La bibliothèque du couvent accueille aussi les réunions de la Société des citoyennes républicaines révolutionnaires de Pauline Léon et Claire Lacombe.

La chute de Robespierre sonne le glas du lieu. Au petit matin du 10 thermidor (28 juillet 1794), Louis Legendre fait barricader les portes. Quelques semaines plus tard, les Muscadins attaquent la chapelle ; le club est officiellement fermé le 12 novembre 1794, emportant avec lui l'âge d'or du jacobinisme.

Noms successifs du lieu

  • Moyen Âge — XVIe siècle Couvent des Dominicains (Jacobins) de la rue Saint-Honoré
  • 1576 Lieu de fondation de la Sainte Ligue par Henri III et Henri de Lorraine
  • 1789 — 1794 Siège de la Société des Amis de la Constitution, dite « Club des Jacobins »
  • 12 novembre 1794 Fermeture du club par décret ; le couvent est mis sous séquestre puis démoli
  • XIXe siècle — aujourd'hui Site remplacé par le marché Saint-Honoré, puis par un ensemble immobilier

Toponymie — rue du Marché Saint-Honoré

rue du Marché Saint-Honoré
Traversait le marché Saint-Honoré.
Anciens noms : rue du Marché des Jacobins
Voir la fiche complète de la voie

Événements à cette adresse

14 événements · 1576 — 1794
Chapelle du couvent des Jacobins — Bibliothèque du couvent des Jacobins
Voir la fiche
10 rue du Marché Saint Honoré — 1er arr.
Club des Jacobins
Au petit matin du 10 thermidor, Louis Legendre se rendit rue du Marché Saint-Honoré et fit fermer le Club des Jacobins. Dix-sept mois plus tôt, il avait assisté, impuissant, à l'arrestation de son ami Danton. Il…

Au petit matin du 10 thermidor, Louis Legendre se rendit rue du Marché Saint-Honoré et fit fermer le Club des Jacobins. Dix-sept mois plus tôt, il avait assisté, impuissant, à l'arrestation de son ami Danton. Il attendait ce moment.

Louis Legendre était boucher de métier et député montagnard, compagnon de longue date de Danton. Quand Danton avait été arrêté le 30 mars 1794, Legendre avait tenté de le défendre à la tribune — puis s'était tu, comprenant que sa tête en dépendait. Il avait survécu à la Grande Terreur en se taisant.

Le Club des Jacobins, rue du Marché Saint-Honoré, avait été pendant des années le centre nerveux de la vie politique révolutionnaire : la tribune depuis laquelle les accusations avaient fusé, le lieu où Robespierre avait exercé une autorité qui dépassait ses fonctions officielles, l'espace où les sections venaient prendre leurs ordres. Fermer ce local, dès l'aube du 10 thermidor, était un geste autant symbolique que politique.

Le Club rouvrît quelques jours plus tard, mais l'époque était révolue. Il fut harcelé par les « muscadins » — les jeunes réactionnaires qui perturbaient ses réunions — et par un gouvernement désormais hostile. Le 9 novembre 1794, après une nuit d'émeute, il fut définitivement fermé par ordre des autorités.

La fermeture du matin du 10 thermidor était un acte de vengeance personnelle. Celle de novembre 1794 fut l'acte de décès d'une tradition politique.

Legendre siégea au Conseil des Cinq-Cents jusqu'en 1797, année de sa mort. Il n'avait eu qu'un seul geste historique — et il l'avait accompli sur un coup de rancœur.

Voir la fiche
Personnage(s) : Louis Legendre
10 rue du Marché Saint Honoré — 1er arr.
10 rue du Marché Saint Honoré — 1er arr.
Club des Jacobins
Au couvent des Jacobins, un homme monte à la tribune et explique à la bourgeoisie que la propriété a des limites. Personne n'applaudit de la même manière. Le 21 avril 1793, Maximilien Robespierre lit devant la Société…

Au couvent des Jacobins, un homme monte à la tribune et explique à la bourgeoisie que la propriété a des limites. Personne n'applaudit de la même manière.

Le 21 avril 1793, Maximilien Robespierre lit devant la Société des Jacobins, réunie dans l'ancien couvent dominicain de la rue Saint-Honoré, son projet de Déclaration des droits de l'homme et du citoyen. Ce n'est pas un exercice académique. Dehors, la guerre fait rage sur toutes les frontières. Dumouriez vient de trahir. La Vendée s'est soulevée. La Convention, déchirée entre Girondins et Montagnards, débat d'une nouvelle constitution pour remplacer celle de 1791, morte avec la monarchie. Chaque faction a son texte. Robespierre a le sien.

La propriété bornée

Le projet reprend les libertés classiques — sûreté, liberté d'expression, souveraineté populaire, droit à l'insurrection — mais il va plus loin que la Déclaration de 1789 sur un point décisif : la propriété. Là où le texte de 89 consacrait un droit « inviolable et sacré », Robespierre pose une limite : « Le droit de propriété est borné, comme tous les autres, par l'obligation de respecter les droits d'autrui. » Il ajoute que la propriété « ne peut préjudicier ni à la sûreté, ni à la liberté, ni à l'existence, ni à la propriété de nos semblables ». Et surtout, il inscrit pour la première fois des droits sociaux : le droit aux secours publics, le droit à l'instruction, le droit au travail.

Les Jacobins adoptent le texte avec enthousiasme. Trois jours plus tard, le 24 avril, Robespierre monte à la tribune de la Convention pour y présenter le projet, accompagné d'un discours sur la propriété où il dénonce le luxe des riches face à la misère du peuple. Mais la Convention ne retiendra pas son texte tel quel. La commission chargée de la rédaction finale — dirigée par Hérault de Séchelles — produit une Déclaration adoptée le 24 juin 1793, qui conserve le droit à l'insurrection et les secours publics mais recule sur la propriété, redevenue « naturelle et imprescriptible ». Quant à la Constitution de l'An I tout entière, elle est suspendue dès octobre : « Le gouvernement sera révolutionnaire jusqu'à la paix. »

La mémoire des Égaux

Le texte de Robespierre ne meurt pas avec la Convention. C'est Buonarroti qui le sauve de l'oubli, en le reproduisant intégralement dans sa Conspiration pour l'Égalité dite de Babeuf (1828). Pour les babouvistes, la Déclaration du 21 avril est le moment où la Révolution a effleuré la question sociale sans oser y répondre — le point le plus avancé de la pensée bourgeoise révolutionnaire, et en même temps sa limite.

Marx, quinze ans plus tard, reprend le fil dans La Question juive (1843). Il ne s'en prend pas à Robespierre mais à la structure même de la déclaration des droits : les « droits de l'homme » de 1789, montre-t-il, sont les droits de l'homme égoïste, du bourgeois séparé de la communauté — « le droit de jouir et de disposer à son gré de ses biens, de ses revenus, du fruit de son travail et de son industrie ». Le projet de Robespierre avait tenté de corriger cette logique. La Convention l'avait enterré. La question, elle, ne cessera plus de se poser.

Voir la fiche
Personnage(s) : Maximilien Robespierre
10 rue du Marché Saint Honoré — 1er arr.
10 rue du Marché Saint Honoré — 1er arr.
Club des Jacobins
Origine de la Société des citoyennes républicaines et révolutionnaires ; club constitué uniquement de femmes
Voir la fiche
10 rue du Marché Saint Honoré — 1er arr.
Couvent des Jacobins — Lieu de réunion du Club des Allobroges
Le Club des Allobroges regroupe autour des "savoisiens", des genevois, des valaisans, des vaudois et des fribourgeois anciens du Club helvétique. Leur objectif est de créer une République des Allobroges
Voir la fiche
10 rue du Marché Saint Honoré — 1er arr.
10 rue du Marché Saint Honoré — 1er arr.
Couvent des Jacobins St Honoré — Club des Jacobins
Brissot et Choderlos de Laclos rédigent une pétition ambiguë satisfaisant les visées orléanistes qui sera portée au Champ de Mars mais corrigée dans un sens antiroyaliste sur intervention de Bonneville
Voir la fiche
10 rue du Marché Saint Honoré — 1er arr.
10 rue du Marché Saint Honoré — 1er arr.
10 rue du Marché Saint Honoré — 1er arr.
Couvent des Jacobins St Honoré (réfectoire, bibliothèque puis église)
Ils louent le réfectoire d'un couvent de dominicains pour y débattre ; le nom des moines s'attachera pour deux siècles à une manière de faire la politique. Le club est né à Versailles pendant les États généraux, sous le…

Ils louent le réfectoire d'un couvent de dominicains pour y débattre ; le nom des moines s'attachera pour deux siècles à une manière de faire la politique.

Le club est né à Versailles pendant les États généraux, sous le nom de Club breton, réunion informelle des députés du tiers état de Bretagne rejoints par d'autres patriotes. Quand l'Assemblée constituante suit le roi à Paris en octobre 1789, ils cherchent un local.

Le 27 octobre 1789, la Société des Amis de la Constitution loue le réfectoire du couvent des Dominicains de la rue Saint-Honoré, dans l'actuel 1er arrondissement, à l'emplacement du marché Saint-Honoré. Les Dominicains sont appelés à Paris les Jacobins, parce que leur premier établissement se trouvait rue Saint-Jacques. Le club prend le surnom de son adresse : club des Jacobins.

À ses débuts, il n'a rien de révolutionnaire au sens ultérieur du mot. La cotisation est élevée, ce qui en écarte le peuple. On y trouve La Fayette, Mirabeau, Barnave, Talleyrand, le duc d'Aiguillon, les frères Lameth, Sieyès. C'est le club de la monarchie constitutionnelle, dominé par des nobles libéraux et des bourgeois modérés.

Il se radicalise par scissions successives. En juillet 1791, après la fusillade du Champ-de-Mars, les modérés partent fonder le club des Feuillants. Restent les partisans de la République, autour de Robespierre, qui deviendra la figure centrale du club et y prononcera l'essentiel de ses discours. Le réseau des sociétés affiliées couvre le pays : plus d'un millier de clubs correspondent avec Paris. C'est la première structure politique nationale de l'histoire française.

Le club est fermé le 12 novembre 1794, après Thermidor. Le couvent est démoli sous le Directoire. Le mot est resté, "Jacobin" désigne aujourd'hui une conception centralisatrice et unitaire de la République, ce qui n'était qu'un aspect de la doctrine des Jacobins historiques, et ce qui a fait oublier tout le reste : le suffrage universel, le droit à l'existence, l'abolition de l'esclavage.

Emplacement : lieu disparu
Voir la fiche
10 rue du Marché Saint Honoré — 1er arr.
Couvent des Jacobins St Honoré
Voir la fiche
Personnage(s) : Henri III ·Henri de Lorraine
10 rue du Marché Saint Honoré — 1er arr.
Couvent des Jacobins St Honoré (dans l'église inférieure)
Emplacement : sous le local où se tenait le club des Jacobins
Voir la fiche
10 rue du Marché Saint Honoré — 1er arr.

Aujourd'hui

Le couvent a été rasé après la Révolution. À son emplacement s'élève aujourd'hui la place du Marché-Saint-Honoré et son immeuble de verre signé Ricardo Bofill (années 1990). Une plaque rappelle que ces murs furent ceux du Club des Jacobins. Il ne reste aucun vestige du couvent ni de l'église.

←
N° précédent · rue du Marché Saint Honoré 6 rue du Marché Saint Honoré
N° suivant · rue du Marché Saint Honoré 14 rue du Marché Saint Honoré
→