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Au 13 de la rue de l'Ancienne Comédie, face à l'ancienne Comédie-Française, se dresse l'un des cafés les plus anciens et les plus chargés d'histoire de Paris. C'est en 1684 que Procope, cafetier d'origine sicilienne, y installe son établissement — le second café parisien, dit-on, après le Maliban. L'idée est audacieuse : proposer cette boisson noire et amère dans un cadre soigné, avec miroirs, lustres et tables de marbre. La proximité du théâtre des Comédiens français, juste en face, fait le reste. Jean de La Fontaine, Beaumarchais, Montesquieu y deviennent des habitués. La machine à réputations est lancée.

Au milieu du XVIIIe siècle, le Procope est le quartier général des philosophes. C'est là, à la table baptisée depuis celle de Voltaire, que Diderot et d'Alembert auraient peaufiné les premiers volumes de l'Encyclopédie — autour d'eux gravitent Rousseau, Marmontel, Piron, Fréron. Quand la Révolution éclate, le café mue en club informel : Danton, Desmoulins, Marat, Billaud-Varenne et Fabre d'Églantine y préparent les insurrections du 20 juin et du 10 août 1792. C'est ici qu'un certain Jullian de Carentan arbore pour la première fois le bonnet phrygien rouge, en mémoire des gardes-suisses de Nancy envoyés au bagne. En 1793, lors du transfert de ses cendres au Panthéon, les restes de Voltaire reposent un instant sur sa table légendaire — et la rumeur prête à Hébert d'avoir brisé le meuble, violence qui lui ressemble davantage en paroles qu'en actes.

Le XIXe siècle voit défiler Simón Bolívar et Francisco de Miranda qui y rêvent d'Amérique libre, puis, en 1894, une soirée à bénéfice pour le poète miséreux Paul Verlaine, avec Yvette Guilbert et Laurent Tailhade sur scène. Deux siècles de conversations qui ont changé le monde, dans une seule salle enfumée.

Noms successifs du lieu

  • 1684 Ouverture par Procope sous l'enseigne « Au Saint Suaire de Turin »
  • XVIIIe siècle Café Procope, haut lieu des philosophes des Lumières
  • 1792 — 1794 Café Procope, lieu de ralliement des révolutionnaires montagnards
  • XIXe siècle Le Procope, café-restaurant fréquenté par les milieux littéraires et politiques
  • Aujourd'hui Restaurant « Le Procope », se réclamant du plus ancien café de Paris

Toponymie — rue de l'Ancienne Comédie

rue de l'Ancienne Comédie
Hôtel des Comédiens français, au n° 14.
Anciens noms : rue des Fossés Saint-Germain des Prés · rue de la Comédie · chemin allant à la Rivière de Seyne et au Pré aux Clercs · rue Neuve du Fossé
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Événements à cette adresse

8 événements · 1684 — 1894
13 rue de l' Ancienne Comédie — 6e arr.
13 rue de l' Ancienne Comédie — 6e arr.
Café Procope (table de Voltaire)
Les cendres de Voltaire sont exposées sur sa table au café Procope lors de leur transfert au Panthéon ; cette table aurait été cassée par Hébert ; mais on lui prête des violences qui n'étaient pourtant chez lui, semble-t-il, que verbales
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13 rue de l' Ancienne Comédie — 6e arr.
13 rue de l' Ancienne Comédie — 6e arr.
Café Procope — Jeu de boules de Malus
Jullian de Carentan est le premier à adopter le port du bonnet phrygien, en souvenir des gardes-suisses de Nancy envoyés au bagne, où les détenus portaient un bonnet rouge
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13 rue de l' Ancienne Comédie — 6e arr.
13 rue de l' Ancienne Comédie — 6e arr.
Café Au Saint Suaire de Turin — Café Procope
Le café a été fondé par le Sicilien Francesco Procopio di Coltelli — d'abord sous le nom de Café Au Saint Suaire de Turin, en face de la Comédie-Française, dans la rue des Fossés-Saint-Germain-des-Prés. Voltaire…

Le café a été fondé par le Sicilien Francesco Procopio di Coltelli — d'abord sous le nom de Café Au Saint Suaire de Turin, en face de la Comédie-Française, dans la rue des Fossés-Saint-Germain-des-Prés. Voltaire, Fontenelle et Montesquieu y ont leurs habitudes. On y lit les journaux, on joue aux échecs, on refait la physique et le droit des gens entre deux tasses. Au milieu du siècle, le Procope est devenu le lieu de travail officieux des philosophes.

Le projet de l'Encyclopédie a cinq ans. En 1746, le libraire André-François Le Breton et ses associés — David, Durand, Briasson — obtiennent un privilège royal pour adapter la Cyclopedia de l'Anglais Chambers. L'abbé Gua de Malves, premier directeur, abandonne en octobre 1747. Denis Diderot et Jean le Rond d'Alembert prennent la direction. Ce qui devait être une traduction devient autre chose : un inventaire raisonné de tout ce que la raison humaine a produit, organisé selon l'Arbre des connaissances de Francis Bacon, avec l'homme — et non Dieu — au sommet. En 1750, le Prospectus de Diderot lance une souscription pour dix volumes de textes et deux de planches. Les jésuites, via les Mémoires de Trévoux, protestent aussitôt.

Ce 28 juin 1751, le premier volume est finalisé au Procope. Il couvre la lettre A jusqu'à Azyme — 914 pages. Il s'ouvre sur le Discours préliminaire de d'Alembert, qui classe mémoire, raison et imagination comme les trois facultés fondatrices de la connaissance humaine. C'est un manifeste. Jean-François Marmontel a fourni plusieurs articles. L'abbé Prévost, auteur de Manon Lescaut, a collaboré. Jean-Jacques Rousseau a rédigé les articles de musique. Alexis Piron, poète mordant et habitué du café, est là. Élie Fréron, critique acéré dont la plume servira bientôt à combattre l'entreprise, fréquente encore la même table — il ne fondera son Année littéraire qu'en 1754.

Pour Marx et Engels, le mouvement philosophique du XVIIIe siècle a été l'idéologie par laquelle la bourgeoisie montante a conduit son offensive théorique contre l'ordre féodal et clérical. L'Encyclopédie en est l'instrument central : elle substitue la raison à la révélation, traite les métiers et les techniques comme des savoirs nobles, et fait de l'autorité un objet de critique. Ce n'est pas un dictionnaire. C'est le programme intellectuel d'une classe qui prépare sa révolution.

En janvier 1752, le Conseil du roi condamne les deux premiers volumes au pilon. Malesherbes, directeur de la Librairie, cache les manuscrits de Diderot chez lui. La publication reprend en 1753.

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13 rue de l' Ancienne Comédie — 6e arr.
Café Procope ("Au Saint Suaire de Turin") — Jeu de boules de Malus
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13 rue de l' Ancienne Comédie — 6e arr.

Aujourd'hui

Le Procope existe toujours au 13 rue de l'Ancienne Comédie, reconverti en restaurant qui revendique le titre de plus ancien café de Paris. La salle conserve son décor historicisant — miroirs, boiseries, portraits —, et la fameuse table de Voltaire y trône en bonne place. Le lieu est aujourd'hui autant un restaurant que destination touristique et lieu de mémoire.

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