Au coin du boulevard Saint-Germain et de la rue Saint-Benoît, le Café de Flore tient son nom d'une statue de Flore, déesse romaine des fleurs, qui ornait autrefois le carrefour en face. Ouvert dans les années 1880, il entre dans l'histoire par une porte inattendue : c'est ici que Charles Maurras, Jacques Bainville et Maurice Barrès tiennent leurs premières réunions lors de la fondation de l'Action française, en 1899. Le nationalisme intransigeant et la jeune droite intellectuelle s'y installent à l'aise, avant que le café ne bascule vers d'autres horizons.
Car le Flore sait changer de clientèle. Dès 1912, Guillaume Apollinaire y retrouve André Salmon et leurs amis pour lancer les Soirées de Paris, revue qui va bousculer le monde des lettres et de la peinture d'avant-garde. Pendant la Grande Guerre, Apollinaire revient le mardi, en uniforme de permissionnaire, discuter poésie avec Pierre Reverdy et quelques fidèles. Entre les deux guerres, Jacques Prévert en fait son quartier général, y entraîne le Groupe Octobre et y croise Pablo Picasso. Raymond Queneau y passe aussi, dans le sillage de la bande à Prévert.
L'apogée vient avec l'Occupation. Faute de chauffage chez eux, Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir s'installent littéralement au Flore pour écrire, du matin au soir. C'est ici, en 1943, que Beauvoir rencontre Albert Camus après la générale des Mouches, et que la petite troupe — Sartre, Beauvoir, Camus, Raymond Queneau, Maurice Merleau-Ponty — discute en terrasse d'une revue pour l'après-guerre, qui deviendra Les Temps modernes. En 1945, existentialistes, Jean Genet, Boris Vian, Francis Lemarque s'y retrouvent encore, autour du journal La Rue relancé par Léo Sauvage. Le Flore est alors bien plus qu'un café : un bureau collectif, une agora, presque une institution.
- années 1880 Ouverture du Café de Flore, nommé d'après une statue de Flore visible en face
- 1899 Rendez-vous de l'Action française et de la jeune droite nationaliste (Maurras, Bainville, Barrès)
- 1912 — 1917 Foyer de la bohème avant-gardiste : Apollinaire, Salmon, Reverdy, les Soirées de Paris
- années 1930 Quartier général de Prévert et du Groupe Octobre
- 1940 — 1945 Bureau de travail et agora des existentialistes (Sartre, Beauvoir, Camus, Queneau)
- depuis 1945 Café mythique de Saint-Germain-des-Prés, classé monument historique
Le Café de Flore existe toujours au 172 boulevard Saint-Germain, dans son cadre en bois rouge et velours vert classé monument historique. Il accueille touristes, éditeurs et écrivains, perpétuant un rituel centenaire. Un prix littéraire du Flore est décerné chaque automne depuis 1994.