Au 270 de la rue Saint-Martin, dans le 3e arrondissement, se dresse l'ancienne église du prieuré de Saint-Martin-des-Champs — l'une des plus vieilles fondations religieuses de Paris. Rattachée au grand ensemble du prieuré clunisien dont le cœur deviendra le Conservatoire des Arts et Métiers, cette nef imposante bascule avec la Révolution dans une tout autre vie : de 1790 à 1795, elle abrite le siège de la Section des Gravilliers, l'une des sections les plus chaudes de Paris, fief reconnu des « Enragés ».
C'est ici que Jacques Roux, prêtre défroqué et tribun fougueux, monte en chaire en 1792 pour foudroyer « les agioteurs, les accapareurs, les traîtres » — un discours sur le jugement de « Louis-le-dernier » qui fait scandale autant qu'il électrise. La section compte aussi parmi ses figures Pierre-Gaspard Chaumette et Léonard Bourdon. Roux y est arrêté en 1793, brièvement relâché le 27, repris le 5 septembre ; abandonné par les Cordeliers malgré le soutien de sa section, il se poignarde en prison en février 1794. Au 9-Thermidor, contrairement à d'autres sections, les Gravilliers ne bougent pas pour défendre Robespierre : c'est Léonard Bourdon qui parvient à en rameuter les membres contre la Commune.
En mai 1871, l'église est de nouveau au cœur de la tourmente : de violents combats opposent les Fédérés aux Versaillais pendant la Semaine sanglante, lacérant le quartier Saint-Martin une dernière fois.
Noms successifs du lieu
- XIe siècle — 1789 Église du prieuré royal de Saint-Martin-des-Champs (culte clunisien)
- 1790 — 1795 Siège de la Section des Gravilliers (« ci-devant église Saint-Martin-des-Champs »)
- À partir de 1799 Intégrée au Conservatoire des Arts et Métiers ; nef affectée au musée des techniques
- XIXe siècle — aujourd'hui Musée des Arts et Métiers (nef de l'ancienne église)
Toponymie — rue Saint-Martin
Événements à cette adresse
5 événements · 1790 — 1871Aujourd'hui
L'ancienne nef de Saint-Martin-des-Champs est aujourd'hui l'une des salles les plus spectaculaires du Musée des Arts et Métiers (60 rue Réaumur). Le visiteur y découvre, suspendu sous les voûtes romanes, l'avion de Blériot et le pendule de Foucault — un décor médiéval peuplé de machines, à deux pas de l'agitation révolutionnaire d'autrefois.