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Au 270–292 de la rue Saint-Martin, dans le 3e arrondissement, s'élève un ensemble dont l'histoire remonte à la nuit des temps parisiens. Selon la légende, c'est ici qu'en 385, Martin de Tours, de passage à Lutèce, aurait guéri un lépreux — un miracle fondateur qui justifie l'érection d'un oratoire. L'abbaye bénédictine qui lui succède laisse, entre 1130 et 1140, l'un des premiers monuments parisiens à voûtes en ogive : un saut architectural décisif, discret mais capital dans l'histoire du gothique.

La Révolution balaye tout et réinvente le lieu. En 1792, l'ancien prieuré royal devient manufacture d'armes — c'est là qu'on proclame « la patrie en danger ». Puis Henri Grégoire, l'abbé républicain, convainc la Convention d'y installer, en 1794, un Conservatoire des Arts et Métiers. L'ouverture effective a lieu le 10 juin 1798, avec dans ses collections les machines de Joseph de Montgolfier, les instruments de Nicolas-Jacques Conté, sous la direction de Claude-Pierre Molard. En 1804, Jean-Baptiste Biot et Louis Joseph Gay-Lussac y préparent la première ascension en ballon véritablement scientifique du monde.

Le Conservatoire est aussi un creuset politique. En 1848, ses amphithéâtres et sa salle de dessin accueillent le Club central de la Société des Droits de l'homme et du citoyen, fréquenté par Armand Barbès — et où l'on a longtemps cru, un peu vite, que Karl Marx avait pris la parole dès son arrivée à Paris le 5 mars. En 1849, après la répression de l'émeute contre la guerre à la République romaine, Alexandre Ledru-Rollin et les chefs néo-Montagnards s'y réunissent pour tenter de constituer une Convention nationale de fortune. En mai 1871, lors de la Semaine sanglante, les Fédérés fortifient le bâtiment ; une femme y aurait tenu la dernière barricade derrière une mitrailleuse. Le massacre qui suit épargne peu.

Noms successifs du lieu

  • 385 Oratoire Saint-Martin, érigé sur le lieu du miracle légendaire de Martin de Tours
  • Moyen Âge — XVIIIe siècle Prieuré royal de Saint-Martin des Champs (abbaye bénédictine)
  • 1792 Manufacture d'armes ("ci-devant prieuré royal de Saint-Martin des Champs")
  • 1794 — 10 juin 1798 Affectation puis ouverture du Conservatoire des Arts et Métiers, créé par la Convention à l'initiative d'Henri Grégoire
  • 1798 — aujourd'hui Conservatoire national des Arts et Métiers (CNAM) — musée, école, bibliothèque dans l'ancien réfectoire médiéval

Toponymie — rue Saint-Martin

rue Saint-Martin
Dû à l'ancien prieuré de Saint-Martin des Champs, aujourd'hui Conservatoire des Arts et Métiers.
Anciens noms : rue des Assis · rue de l'Archet Saint-Merri · rue des Ars · rue Saint-Martin des Champs · rue des Arsis · carrefour Mibrai
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Événements à cette adresse

16 événements · 385 — 1871
Conservatoire des Arts et Métiers
Le conservatoire des Arts et Métiers est fortifié pendant la Semaine sanglante ; une femme aurait tenu la dernière sur la barricade avec une mitrailleuse
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Personnage(s) : Adolphe Spinoy ·Fédérés
270–292 rue Saint Martin — 3e arr.
Conservatoire des Arts et Métiers — Lieu de massacre de Communards
Massacre de combattants pendant la Semaine sanglante ; en priorité les soldats considérés comme déserteurs et les étrangers ayant rejoint la Commune
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Personnage(s) : Fédérés
270–292 rue Saint Martin — 3e arr.
Conservatoire des Arts et Métiers (École)
Camélinat suit les cours aux Arts et Métiers parallèlement à son apprentissage
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Personnage(s) : Mme Reuss ·Zéphirin Camélinat
270–292 rue Saint Martin — 3e arr.
Conservatoire des Arts et Métiers
L'émeute contre la déclaration de guerre à la République Romaine étant réprimée, les chefs républicains se réunissent au Conservatoire des arts et métiers
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270–292 rue Saint Martin — 3e arr.
270–292 rue Saint Martin — 3e arr.
Conservatoire des Arts et Métiers (amphithéâtre, salle de dessin)
Rassemblement contre les menées dictatoriales de Badinguet qui a déclaré la guerre à la République Romaine
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270–292 rue Saint Martin — 3e arr.
Siège de la Société des Droits de l'homme et du citoyen (club central)
L’événement est longtemps resté dans la légende marxiste, mais la recherche l’a largement corrigé. On a cru, sur la foi de Maurice Dommanget, que Karl Marx, expulsé de Belgique le 4 mars 1848 et arrivé à Paris le 5…

L’événement est longtemps resté dans la légende marxiste, mais la recherche l’a largement corrigé. On a cru, sur la foi de Maurice Dommanget, que Karl Marx, expulsé de Belgique le 4 mars 1848 et arrivé à Paris le 5, avait pris la parole ce même jour au « club central » de la Société des Droits de l’homme et du citoyen. L’image était belle : le théoricien du Manifeste, fraîchement débarqué, saluant la révolution de Février dans un club parisien bouillonnant.

Or on sait désormais, grâce au travaux de P. Amann, Karl Marx, "Quarante-huitard" français ?, International Review of Social HistoryVol. 6, No. 2 (1961), Cambridge University Press, cité par d’Alain Rustenholz, qu’il s’agissait d’une confusion d’identité : le « Marx » inscrit sur les listes du club n’était pas Karl, et celui‑ci n’a pas été un « clubiste » parisien. Arrivé le 5 mars, il se consacre surtout à reprendre contact avec les milieux révolutionnaires allemands, à suivre de près la situation en Prusse et à préparer son retour vers le Rhin plutôt qu’à fréquenter régulièrement les sociétés politiques françaises.

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Personnage(s) : Karl Marx
270–292 rue Saint Martin — 3e arr.
Société des Droits de l'homme et du citoyen (club central)
Lieu de réunions du Club central de la Société des Droits de l'homme et du citoyen
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270–292 rue Saint Martin — 3e arr.
Conservatoire des Arts et Métiers — Club des Droits de l'Homme
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270–292 rue Saint Martin — 3e arr.
Conservatoire des Arts et Métiers
Quand les savants montent vers les nuages, ce n'est pas pour s'évader du monde : c'est pour le comprendre enfin avec précision. En l'an XII de la République — Bonaparte règne déjà mais n'est pas encore couronné —, deux…

Quand les savants montent vers les nuages, ce n'est pas pour s'évader du monde : c'est pour le comprendre enfin avec précision.

En l'an XII de la République — Bonaparte règne déjà mais n'est pas encore couronné —, deux jeunes physiciens préparent dans le jardin du Conservatoire des arts et métiers, rue Saint-Martin, une expérience qui n'a encore jamais été tentée nulle part. Jean-Baptiste Biot, vingt-neuf ans, professeur au Collège de France, et Joseph Louis Gay-Lussac, vingt-cinq ans, chimiste de génie formé à l'École polytechnique, embarquent dans la nacelle d'un ballon à hydrogène. Leur but n'est ni acrobatique ni mondain : c'est la première ascension véritablement scientifique jamais réalisée au monde.

Le programme est rigoureux. Biot et Gay-Lussac emportent des baromètres, des thermomètres, des électromètres, des boussoles d'inclinaison et des flacons pour recueillir des échantillons d'air à différentes altitudes. Ils mesurent la déclinaison magnétique terrestre, observent si l'intensité de la gravité varie avec l'altitude, notent la température et la pression atmosphérique à chaque palier. Le ballon s'élève à environ 4 000 mètres au-dessus de Paris. Les instruments enregistrent. Les mains tremblent de froid. Les esprits restent méthodiques.

Cette ascension conjointe ouvre une voie. Quelques semaines plus tard, Gay-Lussac repart seul, encore plus haut : le 16 septembre 1804, il atteint 7 016 mètres d'altitude, un record mondial qui ne sera pas battu avant plusieurs décennies. À cette hauteur, l'air est si raréfié qu'il ressent des vertiges et une faiblesse musculaire alarmante. Il prélève néanmoins des échantillons, mesure le champ magnétique, note que la composition de l'air reste sensiblement constante jusqu'à cette altitude. Des observations qui alimenteront ses travaux futurs sur la dilatation des gaz.

Le Premier Empire qui se prépare a besoin de cette science. Bonaparte, polytechnicien lui-même, comprend l'utilité militaire et administrative des mesures atmosphériques. Les ballons ont déjà servi à Fleurus en 1794 pour l'observation des lignes ennemies. La météorologie, la cartographie, la navigation aérienne — tout cela se construit à partir de mesures accumulées avec patience. Gay-Lussac et Biot appartiennent à cette génération de savants que la Révolution a libérés des académies corporatives de l'Ancien Régime et que l'Empire tente de mettre au service d'une ambition nationale.

Mais au-delà des applications pratiques, quelque chose d'autre s'est produit ce matin au-dessus du Conservatoire des arts et métiers : pour la première fois, des hommes sont montés dans le ciel non pour s'y montrer ni pour défier la mort, mais pour mesurer, pour noter, pour comprendre. La rigueur scientifique appliquée à l'infini du ciel. C'est, à sa manière, une révolution de la méthode.

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270–292 rue Saint Martin — 3e arr.
Conservatoire des Arts et Métiers
Un abbé janséniste convainc la Convention que les savoirs techniques ne doivent pas rester le secret des corporations et des élites, et fonde un musée pour les mettre sous les yeux de tous. Henri Grégoire est prêtre…

Un abbé janséniste convainc la Convention que les savoirs techniques ne doivent pas rester le secret des corporations et des élites, et fonde un musée pour les mettre sous les yeux de tous.

Henri Grégoire est prêtre, évêque constitutionnel de Blois, député à la Convention. Il est l'un des rares hommes de la Révolution dont chaque combat a été gagné par la postérité : abolition des privilèges, émancipation des Juifs de France, abolition de l'esclavage, sauvegarde du patrimoine contre le vandalisme, dont il forgea le mot. C'est aussi un obsédé de l'instruction publique et des "arts utiles."

Sa conviction est politique autant que pédagogique. Sous l'Ancien Régime, les savoir-faire techniques appartiennent aux corporations, transmis par le compagnonnage, protégés comme des secrets de métier. Les machines des manufactures sont des propriétés privées inaccessibles. L'ingénierie savante est réservée aux écoles militaires nobiliaires. La Révolution a supprimé les corporations par la loi Le Chapelier en 1791 ; il faut maintenant rendre la technique publique.

Le 19 vendémiaire an III, soit le 10 octobre 1794, Grégoire présente à la Convention nationale, au nom des comités d'Agriculture, des Arts et d'Instruction publique, le rapport instituant le Conservatoire des Arts et Métiers. Le décret est adopté. L'établissement doit conserver "les machines, modèles, outils, dessins, descriptions et livres dans tous les genres d'arts et métiers," et les exposer publiquement.

L'idée est neuve : un musée où l'on ne vient pas admirer mais comprendre, où les objets sont exposés pour être copiés, améliorés, diffusés. Le Conservatoire recueille les collections confisquées, dont celles de Vaucanson, l'inventeur des automates.

Il s'installe en 1798 dans l'ancien prieuré de Saint-Martin-des-Champs, 270-292 rue Saint-Martin dans le 3e arrondissement, monastère clunisien du XIe siècle nationalisé par la Révolution. Nicolas-Jacques Conté, inventeur du crayon graphite, en organise les collections avec Molard.

Le Conservatoire national des arts et métiers existe toujours au même endroit. Il est à la fois musée, grande école et centre de formation continue pour adultes salariés, ce qui est encore, deux siècles plus tard, exactement le programme de Grégoire.

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270–292 rue Saint Martin — 3e arr.
270–292 rue Saint Martin — 3e arr.
Couvent de St Martin des Champs
Ancien prieuré transformé en manufacture d'armes sous le nom de "ci-devant prieuré royal de St Martin des Champs" ; on y proclame "la patrie en danger"
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270–292 rue Saint Martin — 3e arr.
Réfectoire du prieuré St Martin des Champs
Emplacement : bibliothèque du CNAM
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270–292 rue Saint Martin — 3e arr.
270–292 rue Saint Martin — 3e arr.
Oratoire St Martin — Prieuré St Martin des Champs (dépendant le l'abbaye de Cluny)
Construction d'un oratoire sur le lieu où St Martin, de passage à Lutèce entre Trèves et Tours, aurait, selon la légende, fait un miracle en guérissant un lépreux
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Personnage(s) : Martin de Tours
270–292 rue Saint Martin — 3e arr.

Aujourd'hui

Le site abrite toujours le Conservatoire national des Arts et Métiers. Son musée des Arts et Métiers — l'un des plus anciens musées scientifiques et techniques du monde — expose le pendule de Foucault sous la nef de l'ancienne église prieurale. La somptueuse bibliothèque, installée dans le réfectoire gothique du XIIIe siècle, est toujours ouverte au public.

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