Dans Paris cerné depuis quatre jours, une seule route reste ouverte vers la France libre : le ciel ; et c'est depuis la butte Montmartre que le premier ballon postal s'envole le 23 septembre 1870.
Paris est encerclée depuis le 19 septembre. Les Prussiens ont bouclé tous les accès terrestres. Le gouvernement de la Défense nationale est enfermé avec deux millions de Parisiens. Les courriers ne passent plus. Les nouvelles du reste de la France n'arrivent plus.
L'idée vient de Gaspard-Félix Tournachon, dit Nadar : photographe, caricaturiste et aéronaute, pionnier de la photographie aérienne depuis les ballons depuis 1858. Il convainc le directeur des Postes, Germain Rampont, d'organiser un service de ballons postaux pour rompre le blocus. Des ateliers de construction et de gonflement seront aménagés dans les deux grandes gares : la gare du Nord et la gare d'Orléans (l'actuelle gare d'Austerlitz).
Le premier ballon, le Neptune, est un vieux ballon captif d'observation amarré depuis plusieurs jours place Saint-Pierre à Montmartre. Le pilote est Jules Duruof, aéronaute professionnel. Dans la nacelle : deux sacs de dépêches, cent vingt-cinq kilogrammes de courrier adressé à toute la France. Le 23 septembre 1870, le Neptune décolle et passe au-dessus des lignes prussiennes. Duruof atterrit après trois heures de vol, sans incident, en zone non occupée. L'expérience est concluante.
Entre septembre 1870 et janvier 1871, soixante-six ballons s'envoleront depuis Paris. Cinquante-huit atterriront hors du siège, dont certains en Norvège, en Espagne ou aux Pays-Bas, emportés par des vents contraires. Deux seront capturés par les Prussiens. Deux se perdront en mer. Plus de deux millions de lettres traverseront le blocus par les airs. Le service sera complété par les pigeons voyageurs : portés à l'aller par les ballons jusqu'en zone libre, ils reviendront à Paris avec des microfilms de dépêches miniaturisées sur film de soie, technique mise au point par le photographe René Dagron.
La poste aérienne du siège de Paris est une prouesse technique improvisée dans l'urgence, sur fond de désastre militaire. Elle annonce, à sa façon très XIXe siècle, l'aviation postale du siècle suivant.