Quarante-cinq ans après avoir été condamné pour outrage aux bonnes mœurs, Baudelaire reçoit un tombeau vide où il est représenté en gisant momifié.
Charles Baudelaire est mort en 1867, à quarante-six ans, aphasique et paralysé, dans une maison de santé de la rue du Dôme. Il est enterré au cimetière Montparnasse dans la tombe de sa famille, entre sa mère et le général Aupick, ce beau-père qu'il avait détesté toute sa vie. La cohabitation posthume est une ironie qui n'a échappé à personne.
De son vivant, il fut un auteur maudit au sens juridique du terme. En 1857, "Les Fleurs du mal" lui valent un procès pour outrage à la morale publique et aux bonnes mœurs, intenté par le même procureur Pinard qui venait d'attaquer "Madame Bovary." Baudelaire est condamné à une amende, six pièces sont retranchées du recueil. L'interdiction ne sera levée qu'en 1949, par un arrêt de la Cour de cassation.
À la fin du siècle, les symbolistes en ont fait leur maître. Un comité se constitue pour lui élever un monument. La commande est d'abord envisagée pour Auguste Rodin, dont le projet suscite un scandale artistique et n'aboutit pas. Elle échoit finalement au sculpteur José de Charmoy.
Le cénotaphe est inauguré le 26 octobre 1902 au cimetière Montparnasse, 3 boulevard Edgar-Quinet, à l'extrémité est de l'allée transversale, entre les 26e et 27e divisions. Ce n'est pas une tombe : le corps de Baudelaire repose ailleurs dans le même cimetière.
L'œuvre est saisissante. Le poète est représenté en gisant, enveloppé comme une momie, les bras croisés sur la poitrine. Au-dessus, une figure ailée penchée, appuyée sur un pilier, contemple le mort. On y lit à la fois le Spleen, le Mal, et cette obsession de la décomposition qui traverse "Une charogne."
Le monument a été inscrit au titre des monuments historiques par arrêté du 9 octobre 2023.![[Cénotaphe de Baudelaire, Archives Paris Révolutionnaire|Cimetière Montparnasse Baudelaire cénotaphe 11.JPG]]
Cénotaphe de Baudelaire, Archives Paris Révolutionnaire