🗺 Lieux & Arrondissements 🎭 Thèmes ⏳ Époques 👤 Personnages 📅 Événements 🚶 Balades 🧭 Explorer 📚 Bibliographie À propos
13 juillet 1789
Événement

Le 13 juillet 1789 : Paris se dote d'une milice bourgeoise

Hôtel de Ville
Le 13 juillet 1789 : Paris se dote d'une milice bourgeoise
L'Hôtel de Ville incendié par la Commune, 25 mai 1871. Estampe de Louis Eugène Pirodon. Musée Carnavalet.

Le 13 juillet 1789, Paris décide de s'armer — mais seuls prendront le fusil ceux qui ont de quoi se le payer.

Depuis la veille, la ville est à cran. Necker renvoyé, les régiments du roi campent aux portes de la capitale, on pille les armuriers, on force les barrières de l'octroi. À l'Hôtel de Ville, sur la place de Grève, le comité permanent des électeurs — avocats, marchands, notables du Tiers — siège sans désemparer. Ce 13 juillet, il décrète la levée d'une milice bourgeoise : quarante-huit mille hommes, huit cents par district, pour les soixante districts de Paris.

Le mot n'est pas choisi au hasard. On n'y enrôle pas n'importe qui. La milice se recrute parmi les citoyens domiciliés, connus, solvables — ceux qui peuvent s'équiper à leurs frais. Les gens sans aveu, les vagabonds, les pauvres qui ont justement grossi les émeutes de la veille en sont écartés. Car cette force doit parer deux dangers à la fois : l'armée du roi, certes, mais aussi la rue elle-même. Il s'agit de tenir Paris, de protéger les propriétés, d'empêcher le pillage. La bourgeoisie s'arme autant contre le trône que contre le peuple qui vient de lui entrouvrir les portes du pouvoir.

Reste à se reconnaître entre soi. La veille, au Palais-Royal, Camille Desmoulins avait épinglé une feuille verte à son chapeau — le vert de l'espérance, vite abandonné : c'était aussi la livrée du comte d'Artois, frère du roi. On lui préfère le rouge et le bleu, les couleurs de la ville. Deux jours plus tard, le 15 juillet, La Fayette est acclamé à l'Hôtel de Ville commandant de cette force, rebaptisée Garde nationale ; le même jour, Bailly devient maire. Le 17, quand Louis XVI vient à l'Hôtel de Ville reconnaître la Révolution, La Fayette glisse le blanc royal entre les deux couleurs parisiennes : la cocarde tricolore est née.

L'adjectif, lui, restera collé à l'institution. Garde bourgeoise elle naît, garde bourgeoise elle reste. En juin 1848, sur les barricades des faubourgs de l'est, cette même Garde nationale — la bourgeoisie sous les armes — marchera contre les ouvriers parisiens insurgés, épisode que Marx analyse dans Les Luttes de classes en France. Le fusil que 1789 avait réservé aux propriétaires n'avait pas changé de camp.

Quant au vieil Hôtel de Ville Renaissance de la place de Grève, où tout s'était décidé, il flamba le 24 mai 1871, incendié pendant la Semaine sanglante par les fédérés de la Commune — c'est-à-dire par la Garde nationale elle-même, passée cette fois du côté du peuple. Le bâtiment que l'on voit aujourd'hui n'en est que la reconstruction, relevée la décennie suivante.