Fondation du Collège Royal par François 1er, 1529, par Guillaume Guillon-Lethère, Collège de France
Le 24 mars 1529, François Ier crée le Collège des trois langues — grec, latin, hébreu. L'enseignement y est gratuit et public. C'est l'acte de naissance de ce qui deviendra, trois siècles plus tard, le Collège de France.
L'initiative revient à Guillaume Budé, le plus grand humaniste français de son temps, qui convainc le roi depuis des années. L'enjeu est considérable : la Sorbonne, dominée par les théologiens, enseigne un latin scolastique figé et ignore le grec et l'hébreu — langues pourtant indispensables pour lire les textes antiques et les Écritures dans leur version originale. Les humanistes, qui veulent retourner aux sources, ad fontes, se heurtent depuis des décennies à cette muraille.
En créant des lecteurs royaux — des professeurs payés directement par le roi, hors de la tutelle universitaire — François Ier court-circuite la Sorbonne et place la philologie, la philosophie antique et la lecture critique au cœur de l'enseignement parisien. La Sorbonne répond par la condamnation des Évangiles annotés d'Érasme, par la méfiance envers tout ce qui ressemble à du libre examen.
Ce Collège des lecteurs royaux n'a pas de bâtiment propre au départ — les cours se tiennent où ils peuvent. Il faudra attendre 1610 pour que Henri IV lui consacre un édifice place Marcellin Berthelot, et 1778 pour que l'institution prenne officiellement le nom de Collège de France. Elle y est toujours.