Au 1, rue Saint-Julien-le-Pauvre (Ve arr.), une cinquantaine de personnes attendent une visite guidée d'un nouveau genre. Elles ne le savent pas encore, mais il n'y a rien à voir.
Le tract est alléchant : « Excursions & Visites DADA — 1ère visite : Église Saint-Julien-le-Pauvre ». Les organisateurs promettent de « remédier à l'incompétence de guides et de cicerones suspects ». Suivront, annonce-t-on, le Louvre, le canal Saint-Martin, la gare Saint-Lazare. Le rendez-vous est fixé à 15 heures, dans le jardin de la plus vieille église de Paris.
Ce 14 avril 1921, la fine fleur de Dada est au complet : André Breton, Tristan Tzara, Louis Aragon, Paul Éluard, Benjamin Péret, Francis Picabia, Jean Arp, Philippe Soupault, Jacques Rigaut, Théodore Fraenkel, Gabrielle Buffet. Une cinquantaine de curieux les rejoignent. L'idée est simple et géniale : transformer la visite touristique en geste artistique, démontrer que n'importe quel coin de Paris vaut bien un musée — ou qu'aucun ne vaut rien du tout.
Le résultat est à la hauteur de l'ambition : il ne se passe strictement rien. Breton et Tzara prononcent quelques mots dans le jardin. Georges Ribemont-Dessaignes fait la visite en lisant à voix haute des définitions piochées au hasard dans le dictionnaire Larousse. Et puis il se met à pleuvoir.
C'est un fiasco magnifique. Le public repart trempé et perplexe. Les excursions suivantes n'auront jamais lieu. Mais l'idée est lancée : l'art peut naître du banal, de l'absurde, du rien. Les surréalistes s'en souviendront.
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