Les quatre sergents de La Rochelle peu avant leur exécution (gravure du XIXe siècle).
Quatre sergents montent à l'échafaud pour avoir rêvé de liberté ; dans la foule, un garçon de dix-sept ans jure de les venger : il s'appelle Blanqui.
Ils s'appellent Jean-François Bories, Jean Pommier, Marius-Claude Raoulx et Charles Goubin. Vingt à vingt-six ans. Sergents dans le 45e régiment d'infanterie de ligne, cantonné à La Rochelle en janvier 1822. Dans le secret de leur caserne, ils ont fondé une "vente" de la Charbonnerie, société secrète d'inspiration jacobine qui milite contre la Restauration. Leur rêve : renverser le régime de Louis XVIII, rétablir les libertés de 1789.
Le complot est éventé. Le procès se tient du 21 août au 5 septembre 1822. Les quatre sergents refusent de trahir leurs complices, dont plusieurs siégeront un jour dans les rangs du libéralisme et du républicanisme français. Ils sont condamnés à mort. La cour royale rejette le pourvoi en cassation.
Le 21 septembre 1822, à l'aube, ils sont conduits en place de Grève, devant l'Hôtel de Ville. La foule est dense. La guillotine fonctionne. Bories, le premier, embrasse ses camarades avant de monter à l'échafaud. Les témoins rapportent qu'ils gardent une dignité calme, comme des hommes qui savent pourquoi ils meurent.
Dans cette foule se trouve un lycéen de dix-sept ans, Louis-Auguste Blanqui, fils d'un ancien fonctionnaire de la République. Il a suivi le procès dans les journaux ; il est venu voir mourir ces hommes. Selon son biographe, il repart de la place de Grève avec une résolution qui ne le quittera plus jamais : venger les martyrs de la liberté. Dès 1823, il adhère à la Charbonnerie. Il passera la majeure partie de sa vie en prison pour activité révolutionnaire, au total plus de trente-trois ans de détention.
L'émeute éclate au moment de l'exécution. Des étudiants, des ouvriers, des républicains tentent de s'interposer. La garde les disperse. L'Europe libérale pleure les Quatre Sergents. Un monument leur est dédié au cimetière du Montparnasse. Les générations suivantes de républicains sauront leurs noms. Ce sont les martyrs qui forment les révolutionnaires.